Yan Duyvendak and Omar Ghayatt are Still in paradise

La performance d’Omar Ghayatt et de Yan Duyvendak, Made in Paradise, avait émergé en 2008 à partir d’un certain nombre de questions communes et d’un désir de collaborer tous les deux. Le temps a passé, ils se sont disputés de multiples fois, ont des désaccords importants, mais semblent toujours partager cette inaltérable complicité malgré les conflits. Aujourd’hui, Made in Paradise est devenue Still in Paradise, et nous avons pu assister à la version intégrale proposant les douze fragments performatifs, chacun posant à sa manière la question de la relation à l’autre, quelle qu’elle soit.

Durant ces presque 5 heures de spectacle, cette relation peut se tisser tant dans une optique de découverte d’autrui, par exemple lorsqu’Omar Ghayatt fait part de sa vie sexuelle avec humour, tout en dévoilant un certain nombre d’éléments sur lui-même au travers d’un discours en apparence trivial, que dans une volonté d’explorer les relations interpersonnelles ou interculturelles complexes. Dans I love you, Omar et Yan s’essaient chacun à l’exercice délicat de parler pour l’autre sur un certain nombre de sujets, et donc de dévoiler indirectement ce qu’ils pensent d’eux-mêmes respectivement, tandis que dans un autre fragment, ils racontent la manière dont ils ont vécu le 11 septembre. Omar Ghayatt commence alors par raconter une version ou il explique s’être réjouit, d’une certaine manière des événements, puis une autre où il explique l’état d’hallucination générale qui prenait alors place au Caire.

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Ils se jouent habilement des préjugés, et essaient, sans délivrer de morale aucune, de donner la perspective d’autrui, de cet Autre inatteignable et indéfinissable qui se nourrit de fantasmes et d’essentialisations. Dans un autre fragment, c’est au public de parler pendant dix minutes afin d’expliquer ce qu’ils connaissent de l’Islam. Dans un autre, ils montrent comment, en changeant un mot, on peut passer d’un fait à une contre-vérité. Le parcours donne des pistes plus que de véritables réponses, et libre à chacun de se frayer un chemin au milieu de cette nuée de réflexions dessinée cinq heures durant, dans la bonne humeur et l’intelligence collective.

Bertrand Brie

En version réduite jusqu’au 30 juillet à La Manufacture tous les soirs à 22h30.
Photos: Pierre Abensur

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