Trans, témoignages en représentation

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Après Une longue peine, Didier Ruiz présente la deuxième partie de son diptyque sur les invisibles au Gymnase du Lycée Mistral pour le Festival d’Avignon. Avec Trans, il propose un moment de théâtre des plus simples, mais qui émeut.

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Tout commence à Barcelone ; grâce à un relais institutionnel local, Didier Ruiz rencontre des personnes transgenres avec lesquels il échange longuement. Au bout d’un certain temps, quelques-uns et quelques-unes se disent prêtes et prêts à le suivre dans son aventure, créer un spectacle, déterminés à changer le regard du public sur une question souvent méconnue, médicalisée, invisibilisée… à partir des histoires individuelles, un récit s’est construit, et quelques éléments forts de la vie de ces femmes et ces hommes se dégagent pour mieux entendre les récits qu’ils ont à nous livrer, et pour humaniser une communauté de fait souvent rejetée.

Le théâtre de Didier Ruiz est minimaliste. S’il n’y avait pas de véritable création scénographique dans Une longue peine, elle se réduit ici à un espace réduit, arrondi, fait de quelques rideaux qui laissent voir les corps se déplacer. Quelques animations y sont parfois projetées, bien que l’on peine à comprendre pourquoi, étant très illustratives et pas franchement esthétiquement plaisantes. La véritable force de Trans se situe dans la délicatesse de la construction de ces témoignages et de ces histoires. On écoute avec attention ces tranches de vie que l’on ne connaît pas, et l’on détecte une volonté profonde d’empathie afin que chacun comprenne, au travers de sa propre subjectivité, ce que toutes et tous ont vécu. On peut être gêné, ou tout du moins troublé, par l’absence de véritable politisation du propos, et par le biais qu’a apporté le processus de création – Didier Ruiz ayant été à Barcelone pour sa création, ville dans laquelle les structures d’aide et d’accompagnement dédiées aux transgenres sont très organisées, cela ne peut qu’occulter une partie des transgenres qui n’ont pu avoir accès à ce genre de dispositifs, et qui ont connu de nombreuses difficultés. Mais tout cela a finalement peu d’importance tant il est beau et nécessaire de voir des récits positifs et des corps transgenres sur un plateau, tant l’on ressent malgré tout la violence de ce qu’est être transgenre dans une société qui te rejette. Un spectacle profondément touchant et important.

Bertrand Brie

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