Tour d’horizon de la jeune scène musicale montréalaise

On parle souvent ici des groupes qui régénèrent ou réinventent la musique française, des labels audacieux qui mettent en lumière tous ces nouveaux groupes super talentueux. A Montréal, ville culturelle effervescente, la jeune garde artistique crée et recrée des esthétiques. Et on aurait tord de ne pas s’y intéresser de plus près.

C’est une ville sympa Montréal. Étant la terre-mère de la poutine, des recettes pompettes, des têtes a claques et de Xavier Dolan (et de Coeur de Pirate lol), on savait déjà que c’était un endroit plutôt très cool.  Ce que l’on sait peut-être moins en France, c’est que Montréal abrite aujourd’hui une scène musicale underground protéiforme et hyperactive.

Si, au Québec, la langue française est un geste politique (une carte postale de 3A en parle ici http://artichaut-magazine.fr/carte-postale-du-quebec-le-speak-white/), elle est aussi un acte artistique. La scène montréalaise underground, qui chante bien souvent en français, manie les mots avec grâce, cool et sensualité. Outre l’exotisme charmant de l’accent québécois, ces nouveaux groupes subliment la langue française, elle apparaît comme évidence de l’écriture.

Cette nouvelle scène alternative, résolument libre, prend des risques et s’amuse. Encore un peu dans l’ombre, elle présente déjà des projets bien aboutis : EPs, albums, tournées américaines et européennes..

Dans cette constellation (métaphore des étoiles tout ça), les styles se mêlent et se choquent. Hyper diversifiée et peu prompte à l’hermétisme, la jeune musique montréalaise commence déjà à briller en France. Petit tour d’horizon de ces nouvelles jolies têtes qui créent, transgressent, innovent, bref, vivent et vibrent. Sélection pas du tout objective, et très peu exhaustive.

Une scène underground qui s’active

En y regardant de plus près, l’underground montréalais s’appuie sur une super variété de labels, plus ou moins jeunes, plus ou moins grands, et en tous cas très divers. Au mois de mars, depuis douze ans, il y a meme un salon du disque et des arts underground (https://www.facebook.com/salonuts).
Parmi les labels qui s’activent pour faire connaître les groupes prometteurs de la ville (ou d’ailleurs), il y a Lisbon Lux Records. LLB accompagne certains des artistes dont on va parler plus loin, mais aide aussi des groupes francais dans leur développement outre-atlantique : c’est le cas de Kid Francescoli (https://soundcloud.com/kidfrancescoli) et de Sans Sébastien (https://soundcloud.com/sans-sebastien).
Autres “étiquettes” (parlons français) aux projets sympas : Poulet Neige et Jeunesse Cosmique.

Poulet neige offre chaque année l’intégralité de son catalogue en téléchargement gratuit : c’est la Liste de Noël, et c’est vraiment très cool. L’idée est simple : sur une meme page, tous les artistes sont réunis, un lecteur permet d’écouter les titres de chaque groupe puis chacun constitue comme il veut sa liste de Noël et la reçoit le jour de la naissance du Christ, amen.
Jeunesse cosmique (http://jeunessecosmique.com/etiquette/) est une étiquette extra-terrestre. Elle se veut indépendante et alternative : «  ». Toute l’année, le collectif organise des concerts, des performances, des installations et diffuse, sur internet et via une émission de radio, un bon paquet d’artistes novateurs. Il y a de tout, des projets jeunes et tâtonnants, des propositions plus abouties. Ça plane souvent, et c’est prometteur. Tous les artistes sont en écoute ici https://soundcloud.com/jeunesse-cosmique et là http://jeunessecosmique.bandcamp.com/.

Pop lumineuse
Dans la jeune garde underground, on trouve d’abord celles et ceux qui réactivent la pop :  kitsch, dansante et prometteuse.

Paupière https://www.facebook.com/Paupi%C3%A8re-300691996786616/timeline a lancé son premier EP fin janvier, revient a peine d’une tournée européenne, et a signé en France sur le génial label Entreprise. Les synthés transpirent les années 80, mais Paupière n’a rien d’une redite d’un style vu et revu. Les textes parlent bien d’aujourd’hui, avec une simplicité et une efficacité éblouissantes. Les voix féminines (Julia Daigle et Éliane Préfontaine) sont sobres et belles. On entend moins celle de Pierre-Luc Bégin, musicien du groupe, mais ses apparitions sont toujours puissantes. Les clips ont des reflets des films de David Lynch (Cinq Heures), ou brillent par leur esprit DIY et leur légèreté numérique (Elle et Lui). Paupière est presque une aventure multimédia tant les influences de chaque membre enrichissent et complexifient le projet : monde de la musique bien sûr, mais aussi arts visuels et dramatique.

https://www.youtube.com/watch?v=5vmm6zUUAzg

Le Couleur (https://www.facebook.com/lecouleurmusic/?fref=ts) allie pop naïve, disco et textes rêveurs. Incroyablement sensuels, les titres parlent d’amour, forcément, de voyages et font danser. Très imagés, les deux premiers EPs du groupe sont kitsch à souhait, dans les textes et dans les clips. Un album, plus expérimental, est prévu pour l’automne. En attendant, le trio compose dans une forêt de synthés.

https://voir.ca/video/musique/en-studio-avec/2016/04/05/en-studio-avec-le-couleur/

Bronswick https://www.facebook.com/bronswick/ a quelque chose d’Élie et Jacno : sons synthétiques teintés de touches plus sombres, instrus entêtantes, voix féminine pleine de grâce et textes amoureux lancinants. Après Errances, en 2015, qui mêlait des univers électro, R&B et pop avec poésie, le duo a présenté un nouvel EP, Chassés-Croisés. Plus pop et mélodique, on y retrouve de beaux textes,  que Bertrand Pouyet et Catherine Coutu manipulent comme de la pâte à modeler pour les transformer en oeuvres d’art.

https://www.youtube.com/watch?v=5DXkEw5jIww

Électro froide

Essaie pas (https://www.facebook.com/essaiepas/timeline) c’est de la minimale glaciale, confectionnée par ordinateur, séquenceur, synthétiseur. Des rythmes mécaniques sur lesquels Marie Davidson et Pierre Guerineau posent des textes terriblement mélancoliques et obsédants.
Les deux artistes ont livré en février leur premier album, sur le label DFA Records (celui de LCD Soundsystem, Hot Chip et The Rapture, entre autres). Techno froide, pop noire, ou quelque chose entre les deux. Demain est une autre nuit parle des rencontres nocturnes et éphémères, d’anniversaire de mariage (le leur) sous acide, de couvre-feu et d’urgence. Il s’ouvre sur une mélodie atemporelle, perdue entre la fin de la nuit et le début de l’aube, saturée d’une voix hachée, presque robotique. C’est froid, c’est angoissant, et c’est beau.

https://www.youtube.com/watch?v=YEQFW-Cu_a0

Marie Davidson a, en parallèle, développé un side-project, moins mécanique, et rempli d’images des années 80. En 2014, elle publie Perte d’identité, un premier LP en forme d’introspection est paru Un autre voyage, LP audacieux constitué de six morceaux, six histoires de l’artiste.

https://www.youtube.com/watch?v=8VUuYSSvusE

Objet musical non-identifiable

Xarah Dion https://www.facebook.com/xarahdion (non c’est pas la cousine de Céline lol), navigue sur des mers noires, chaudes et  agitées. Entre textes urgents et mélodies lascives, sa voix éthérée nous plonge dans des rêves, parfois inquiets, parfois merveilleux. Dans cet univers perché, la poésie quotidienne se mêle à des rythmes électros froids, ou à des notes, plus sobres, de synthé. Inclassable, donc.

https://www.youtube.com/watch?v=rUZw-9TjKtU

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