Thyeste, de la tragédie sans empathie

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

La Piccola Familia de Thomas Jolly a relevé le défi de la Cour d’Honneur, et présenté le spectacle d’ouverture de cette 72ème édition du Festival d’Avignon, Thyeste. Tragédie terrible qui narre l’histoire de deux frères issus de la lignée maudite de Tantale, Atrée et Thyeste, le spectacle de Thomas Jolly développe une réflexion intéressante mais n’émeut que trop peu, perdant alors de son rythme et de sa puissance.

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Atrée, roi d’Argos, ayant autrefois subi une machination de son frère qui a bien failli lu coûter le trône, mais lui a surtout coûté l’amour de sa femme, fomente une vengeance. Issu de la lignée maudite de Tantale, qui avait offert à manger aux Dieux son fils Pelops, sa tristesse inconsolable se transforme en frénésie meurtrière qui le poussera à bouleverser l’ordre terrestre et l’ordre divin. Son immonde vengeance s’accomplit lorsqu’il rappelle son frère à Argos en l’amadouant, lui proposant une moitié du trône, il suit toutes les étapes des sacrifices rituels et assassine les fils de Thyeste pour les lui donner à manger lors du grand banquet de leur couronnement. L’immondice se révèle, et le récit s’enfonce dans son tragique dénouement, alors que les deux frères ont chacun contrevenu aux règles du monde en viciant leur propre sang.

Fidèle à son habitude, Thomas Jolly propose avec Thyeste un spectacle jouant à la fois avec artifices très artisanaux du théâtre, tout en gardant une part de grandiose – effets lumineux, lâcher de papillons en papier noir à la fois grandiloquent et sublime…
Le jeu habile avec les codes de la tragédie en fait une œuvre intelligente sans s’en donner l’air. Là où l’atroce survient, le Monde ne peut plus regarder – on remarque par ailleurs les bandeaux posés sur les yeux des musiciens peu avant que la machination d’Atrée ne soit mise au jour – et notre imperfection s’expose. Le tout s’achevant sur une note d’espoir avec le Traité d’indulgence mutuelle de Sénèque qui appelle chacun à comprendre ses semblables et à pardonner leur humanité défectueuse qui est aussi la nôtre. Seulement le rythme du spectacle et le jeu des acteurs très porté sur une déclamation emphatique crée une barrière qui coupe régulièrement court à l’émotion, celle-ci étant pourtant nécessaire à la tragédie telle que l’entend Thomas Jolly. Si l’effroi effleure le spectateur lors du crime, on demeure passif et placide le reste du temps, devant l’action qui se déroule au plateau. On retiendra malgré tout l’intelligence de la réflexion de Thomas Jolly, portée par la belle traduction de Florence Dupont, et la beauté de certains moments de grâce comme ce lâcher de faux papillon, où ces néons éclairant la scénographie de sculptures monumentales, impressionnants visuellement.

Bertrand Brie

Written By
More from artichaut

Rien de moi, un drame de glace

Stéphane Braunschweig, directeur du théâtre national de la Colline, porte à la...
Read More

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *