Rites maoris et mystique des corps dans Standing in time

Après un passage troublé et troublant dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes en 2014, Lemi Ponifasio revient au Festival d’Avignon avec son spectacle Standing in time. L’extrême lenteur qui caractérise ses spectacles laisse place à une contemplation attentive de ces femmes dont la présence accroche autant que claque la langue qui résonne dans la Cour du Lycée Saint-Joseph.

Il est de ces spectacles dont le mysticisme peut laisser de marbre ou fasciner. Standing in time est de ceux-ci, comme une invitation au débat et à la confrontation de la part des programmateurs avignonnais. Dans une scénographie presque vide, des femmes assises aux extrémités du plateau, la peau battue par les projecteurs stroboscopiques à faible intensité. Lorsque commence le spectacle du chorégraphe néo-zélandais, c’est une véritable cérémonie qui s’entame, comme un rite imperturbable fait de figures à la limite de l’humanité issues des confins de la région Pacifique. La musicalité des mots résonne dans l’air sans que l’on puisse comprendre. Les chants durent entre dix et vingt minutes et l’on reste pourtant dans état d’étrange fascination devant ces mélopées déclamées d’un ton à la fois doux et ferme.

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C’est dans cet étrange état d’observation médusée que l’on semble s’engoncer tout au long de cette heure et demie, passant parfois par la fatigue et l’ennui pour se faire finalement reprendre par ces corps, ces expressions, ces accentuations inhabituelles qui happent sans exotiser. Malgré quelques lieux communs de l’art contemporain qui peuvent parfois agacer, Standing in time fait partie de ces spectacles qui peuvent exercer une inexplicable attirance dans laquelle se poussent parfois l’ennui, la fascination, l’admiration quasi-béate devant la grande inconnue qui se joue au plateau, et à laquelle on peine à comprendre grand-chose. Si cette dernière caractéristique est souvent l’excuse d’un hermétisme parfois forcené d’une frange du théâtre contemporain, on l’embrasse ici sans forcément chercher les raisons de cette entorse à la règle, prenant, un temps, la possibilité de s’abandonner à cet étrange rite maori.

Bertrand Brie

Jusqu’au 10 juillet dans la Cour du Lycée Saint-Joseph
Photos: Christophe Raynaud de Lage

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