Quasi Niente, le rien à l’œuvre

Après des passages remarqué à La Colline et à l’Odéon, Antonio Tagliarini et Daria Deflorian reviennent à Paris avec Quasi Niente, cette fois-ci accueillis par le Théâtre de la Bastille avec le Festival d’Automne à Paris. Empreint d’une esthétique du dépouillement, Quasi Niente est un écrin de douceur, qui touche dans son évocation délicate de la banalité mais se rend parfois un peu aride et peine à nous saisir tout au long de cette heure et demie.

Inspiré du Désert Rouge d’Antonioni, on retrouve dans Quasi Niente l’esprit de Monica Vitti, qui, habitée par une insondable mélancolie qui penche vers la dépression, offre une perspective décalée sur le monde. Comme écartés du récit que le monde impose, les cinq protagonistes qui se présentent à nous sur scène semblent subir la banalité du quotidien, comme un gouffre d’incompréhension, une solitude au cœur de laquelle ils peinent à se mouvoir à tous les âges de la vie. Extraits de texte, confidences, chansons interprétées par Francesca Cuttica, on suit ces personnages simplement définis par quelques caractéristiques dans ces mots qui tentent de décrire ces obsessions, ces petits riens qui les mettent face au vide.

La scénographie, toute en sobriété, mute pour reconstruire la réalité comme un écran au cœur de laquelle les vérités individuelles ne concordent pas forcément, comme une construction artificielle dans laquelle on ne se reconnaît pas toujours. Derrière cet écran, derrière un tulle, un projecteur éclaire une dernière fois ces solitudes en décalage du monde. Parfois étonnant, subtil, à la fois drôle et émouvant (le début du spectacle avec la sexagénaire et la quadragénaire respectivement interprétées par Daria Deflorian et Monica Piseddu est particulièrement cocasse), Quasi Niente explore les petites choses qui nous mettent à la marge et le font sans artifice aucun, il n’y a ici qu’un art du dévoilement et une mise en perspective des artifices. Seulement cette sobriété se fait parfois aridité et peine à soutenir notre attention durant tous ces moments qui ont pourtant tous leur importance et leur particularité, si bien que l’on passe parfois à côté de ce qui se dit. Mais la tentative est si sincère que l’on ne peut s’empêcher d’avoir envie de voir ce que les deux comparses italiens trament pour leur prochaine venue en France.

Bertrand Brie

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