Perdu connaissance, les vérités à l’épreuve de la déconstruction

Invité par Daniel Jeanneteau à créer son nouveau spectacle « Perdu connaissance » au T2G, Adrien Béal explore sur ce plateau transformé en espace frontalier entre le privé et le public, la notion de vérité. Le récit émerge d’une absence : celle de la gardienne de l’école dans laquelle se déroule l’action. Après que celle-ci ait été victime d’un accident et soit tombée dans le coma, sa sœur débarque en catastrophe et reste chez elle quelques temps en attendant que le problème soit réglé.

Crédits photo: Vincent Arbelet

De cette situation initiale découlent les situations dont nous sommes témoins durant l’heure et demie que dure le spectacle : le compagnon de la sœur débarque, la troisième sœur, sortant de prison, prend la place de la susnommée en attendant de rebondir… le tout dans un hall d’école primaire qui fait à la fois office d’espace public et d’appartement de fonction, puisque, là, dans un renfoncement, une chambre à coucher est aménagée faisant de la gardienne « l’épouvantail de l’école » comme le dit la directrice. Un espace bâtard, à la croisée des chemins entre l’intime et ce que l’on renvoie au monde, et dans lequel l’absurdité des situations règne en maître. Soyons francs, tous ces personnages, aussi troublants les uns que les autres, ne réagissent pas d’une manière à laquelle nous avons pu être habitués. Pétris de bizarrerie, d’un malaise presque palpable, ils oscillent entre une parole semblant presque définitive, mais qui peine à émerger.

Le théâtre qu’il crée avec ses comédiennes et ses comédiens, Adrien Béal le voit comme une exploration philosophique. Ici tout est né d’une suite d’improvisations, avec comme objectif majeur, une idée pas si courante : que les protagonistes se bloquent, se mettent dans des situations qui les mènent vers l’impossibilité de rebondir. Tous ces fils dramaturgiques sont tissés autour d’une recherche concernant la notion de « vérité », et de la relativité de cette dernière. On distingue alors la vérité comme un espace intime façonné par chacun, que l’on renvoie au monde et que celui-ci met à l’épreuve, quelque chose que l’on se façonne et avec laquelle la réalité s’entrechoque. La bizarrerie, l’étrangeté, c’est la manière dont prennent corps ces vérités et l’étrangeté dont elles se vêtent à nos yeux. Perdre connaissance, pour les protagonistes qui vivent sur le plateau, c’est finalement aussi perdre la connaissance de la vérité telle qu’il l’ont toujours connue, telle qu’ils se la sont construite, pour la remodeler, la recréer. Si on peine parfois à suivre Adrien Béal dans ses pérégrinations intellectuelles, du fait de quelques étrangetés dramaturgiques et de quelques sauts narratifs dans un récit, qui, la plupart du temps, se tient de manière assez classique malgré l’absurdité de la situation, la quête est riche et la tentative de saisir la matière intellectuelle, stimulante.

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