OVNI(S) et banalités

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Pour la première fois, le Collectif ildi ! eldi pose ses valises au Festival d’Avignon avec un spectacle largement tiré d’un texte d’Ivan Viripaev, OVNI(S). Dans cette succession de témoignages, la fiction se saisit tour à tour de chacun des comédiens au cœur d’une scénographie simple, qui laisse à voir la construction artificielle du récit à la manière d’un faux tournage de documentaire. Si le jeu est ludique, la mise en scène peine à faire émerger cet intense besoin de mythologie qui se dégage du texte.

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Un livreur UPS, un programmeur de jeux vidéo qui habite à Hong-Kong, ou encore un jeune Australienne qui pratique le Yoga. Rien ne semble lier tous ces personnages sinon l’expérience extrasensorielle que tous ont traversé à un moment où un autre de leur vie : leur contact avec un OVNI. Ces solitudes étranges, presque coupées du monde, racontent chacune à leur manière cette sorte de respiration paranormale survenue dans une vie somme toute banale quoique vraisemblablement assaillie par d’incurables névroses.

Construit au plateau à la manière d’un tournage documentaire sommaire et un peu bancal, le récit déroule la suite de témoignages qui tous évoquent tant l’expérience-cible que l’avant et l’après. Au creux de ces vies minées par la banalité irradie un besoin de transcendance, comme un ancrage qui viendrait donner une signification à l’insoluble amas d’expériences que tous ces personnages traversent. Ce moment de contact avec l’OVNI, vécu comme une espèce de respiration libératoire dans laquelle l’onde de choc sensorielle se diffuse dans le corps et l’esprit, semble avoir envahi chaque parcelle de leur être à l’instar d’une matrice perceptive. Si cette idée, au cœur du spectacle, est tout à fait intéressante, la mise en scène, qui intègre les témoignages dans un faux tournage documentaire reproduit de manière très artisanale, peine à vraiment les mettre en perspective. La forme, quoique volontairement bancale, se lie difficilement avec le propos et semble parfois l’absorber sans vraiment mettre en lumière ce besoin presque inénarrable – et décrit comme tel – de transcendance que l’on pourrait aisément relier avec les mythologies barthésiennes. Ces êtres dont la banalité peine à se structurer en symboles, comme des repères dans l’existence, appellent à quelque chose de plus grand que l’on distingue dans le spectacle sans que le sujet seul ne permette de réflexion plus poussée. Dommage donc, même si l’on passe un agréable moment.

Bertrand Brie

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