L’Herbe de l’oubli, poésie nucléaire

Crédits photo: Véronique Vercheval

Il y a toujours de belles découvertes au Théâtre des Doms. Le nouveau spectacle du metteur en scène belge Jean-Michel d’Hoop, L’Herbe de l’oubli, en fait partie. Ecriture documentaire inspirée du travail de Svetlana Alexievitch, L’Herbe de l’oubli propose aux spectateurs un récit constitué de témoignages récoltés par l’équipe et incarnés par les acteurs, l’associant à l’utilisation de marionnettes qui fait ainsi émerger des instants d’une grande délicatesse.

Crédits photo: Véronique Vercheval

26 avril 1986, l’un des réacteurs de Tchernobyl explose. Nombre de composants toxiques sont dispersés dans l’air, dans les sols, les corps et les habits. La population est évacuée, et les villages alentours sont enfouis sous des tonnes de terre. Mais la catastrophe ne peut faire face au poids des souvenirs, et une partie des habitants revient vivre dans la zone sinistrée, ne pouvant toujours assumer le coût exorbitant d’une vie bouleversée. Fatigue, maladies, enfants contaminés et populations animales décimées par les autorités, on nous conte là l’histoire d’un territoire que l’on a tout fait pour oublier mais dans lequel la vie quotidienne suit encore son cours avec des femmes et des hommes qui tâchent de survivre aussi simplement qu’avant.

Le sujet est aussi surprenant qu’intéressant : comment continuer à vivre dans une zone autrefois touchée par une catastrophe dont les conséquences sont pourtant encore bien présentes ? Cette Tchernobyl oubliée de tous grouille pourtant de récits étonnants dans lesquels la voix des habitants est portée à la scène avec talent par une troupe de cinq comédiennes et comédiens, également marionnettistes. Ces paroles diverses d’individus qui n’ont parfois jamais quitté le territoire, partis vivre ailleurs pour certains, revenus pour d’autres, sont émaillées de courtes séquences poétiques lors desquelles les comédiens amènent au plateau des marionnettes, qui, telles des présences quasi-éthérées apportent une certaine délicatesse dans les témoignages dont se dégage un propos parfois très didactique. Ces scènes de théâtre d’objet, parfois banales, mais toujours ancrées dans un onirisme touchant, détonnent avec le dispositif vidéo venant apporter une vraie force au propos documentaire. Si le spectacle pêche un peu parfois dans l’alternance entre témoignage didactique et séquences poétiques qui peuvent peiner à alléger le didactisme prononcé du propos, L’Herbe de l’oubli n’en reste pas moins un beau moment duquel se dégage une douceur et une force touchantes.

Bertrand Brie

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