Les choses qui passent, belles mais austères

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Dans la Cour du Lycée Saint-Joseph, Ivo van Hove présente son nouveau spectacle, très attendu. Adaptation d’un roman de Louis Couperus, exhumé par le metteur en scène et qualifié de « Proust néerlandais », De dinge die voorbijgaan (Les choses qui passent) et une nouvelle démonstration de l’efficacité du chef de file du Toneelgroep Amsterdam. Mais le talent des acteurs, les trouvailles, et la direction impeccables peinent à composer l’austérité de la mise en scène et l’ennui indéniable qui nous gagne à plusieurs occasions.

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Tout part d’une sombre histoire de famille, enfouie depuis soixante ans, dans lesquelles des névroses incurables s’enracinent et pourrissent la vie de ceux qui sont impliqués, parfois à leur corps défendant. Au centre, la grand-mère, et un vieil homme, son amant, desquels tout part. Autour d’eux circulent les protagonistes, tous de leur famille, chacun porteur de la tragédie à leur manière.

La scénographie est simple : des miroirs disposés en arrière-scène sur un mur amovible qui laisse se dévoiler un écran lorsqu’il se retourne, un plateau quasi-nu au fond duquel on distingue des horloges de tailles diverses dont le cliquetis rythme le spectacle, des chaises disposées de part et d’autre de l’espace de jeu, sur lesquelles les protagonistes viennent s’asseoir. Seule l’infirmière est assise en peu plus en arrière au départ, lorsqu’elle n’a encore aucun lien avec le drame familial, et les deux plus vieux, centres névralgiques de l’affaire, en plein milieu. Le récit est en somme assez simple : une histoire d’adultère qui provoque la jalousie, puis la frénésie et débouche sur le meurtre du père de famille. Ottilie, son amant, et un médecin gardent l’histoire précieusement, alors même que l’un des fils, alors enfant, a assisté à l’affaire sans le vouloir. Enfant adultérins, névrosés malades, esprits hantés par la culpabilité durant des années sans que rien ne surgisse. Jusqu’au jour où l’on finit par parler du meurtre à l’un des enfants d’Ottilie, qui voyage alors des Indes pour venir faire la lumières sur le mal qui gangrène sa famille depuis déjà des décennies. Sans que rien n’explose vraiment. Cette crise larvée s’achève dans la noirceur, teintée d’une certaine délivrance. On ne peut s’empêcher de remarquer quelques beaux moments, notamment lorsqu’une pluie noire s’abat sur le plateau, ou encore lorsque celui-ci est inondé de soleil sans que l’on ne comprenne vraiment comment. Mais la mise en scène des plus austères provoque souvent l’ennui, et on peine à vraiment s’intéresser à ce qui se passe sous nos yeux ; on suit le récit sans qu’il soit réellement passionnant, et la talent des comédiens ne parvient pas à transcender le désintérêt qui nous envahit rapidement. Dommage donc, que tous ces talents rassemblés, ne parviennent pas à nous emporter.

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