Le sec et l’humide ou le visage du fascisme

Avec deux spectacles au Festival d’Avignon, difficile de rater Guy Cassiers. Le premier, Le sec et l’humide, a commencé à se jouer ce 9 juillet, et prend la forme d’une étrange conférence sur un funeste personnage belge du nom de Léon Degrelle. A partir de son ouvrage sur la campagne de Russie, le comédien Filip Jordans déroule méthodiquement l’argumentation de l’essai de Jonathan Littell avec une allure de chercheur en séminaire, achevant sa démonstration avec une morgue glaçante.

Durant cette heure étrange, le comédien-théoricien développe une théorie selon laquelle le fascisme s’alimente avec tout ce qui est dur, tout ce qui s’érige, ce qui est ferme, ce qui bande, le mat, bref, le sec et le rigide. Sa kryptonite ? L’humide, ce qui coule. Le discours savant va puiser dans l’inquiétant ouvrage du nazi Degrelle, avec une analyse sémantique au cordeau afin d’expliquer dans quelle mesure cette carapace que se construit le nazi doit être sèche et droite, et comment elle se décompose dans la liquidité.

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En parallèle, on entend des enregistrements de la voix de Léon Degrelle qui finit par se superposer avec celle du théoricien. C’est à ce moment que le corps du travail finit par attaquer son légiste, que le métadiscours se laisse déborder par le discours, et on se laisse inquiéter par la figure morbide qui s’affiche sur l’écran en fond de scène, mêlant les visages jusqu’à perdre son caractère humain pour enfin se liquéfier alors même que la voix du chercheur a muté pour devenir celle, grave et dégoûtante, de Degrelle. Derrière l’analyse, on voit ressurgir les inquiétudes passées, disséquées, défaites de leur grandeur, « coulantes ». Si Le sec et l’humide est destinée à rester une petite forme, elle n’en est en aucun cas dénuée d’intérêt, et offre une expérience des plus troublantes – en grande partie également grâce aux technologies de l’Ircam.

Bertrand Brie

A Vedène, tous les jours à 15h et 18h jusqu’au 12 juillet
Photos: Christophe Raynaud de Lage

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