Le Royal Velours, géniales satires sur les planches

Crédits photo: Royal Velours

La foule se presse au Théâtre du Train Bleu pour voir les spectacles d’Hugues Duchêne. Avec sa troupe, le Royal Velours, il présente tous les lundis Le Roi sur sa couleur, et tous les jours pairs, Je m’en vais mais l’Etat demeure. Deux spectacles de politique-fiction qui jouent de leur aspect théâtral, et donc souvent très artisanal, où les personnages sautent de comédien en comédien et l’humour fait mouche.

Crédits photo: Simon Gosselin

Tout droit sortis de l’Académie de la Comédie-Française de 2015/2016, ces jeunes comédiennes et comédiens se lancent dans une chronique politique réjouissante revue par la plume d’Hugues Duchêne. Le Roi sur sa couleur évoque « l’affaire Olivier Py » et le fait du Prince, affaire d’initiée s’il en est, mais dont le charme irrésistible emporte tant chacun pastiche les différents protagonistes de cet étrange incident avec humour, appuyant là où ça fait mal et se riant des défauts et des personnalités de chacun avec une espèce de tendresse cruelle afin de mettre leur rôle en lumière. Je m’en vais mais l’Etat demeure s’attaque au quinquennat Macron, spectacle en réécriture permanente puisque Hugues Duchêne explique qu’à chaque nouvel événement, il reprend sa plume afin de remanier le texte. On y voit le procès de Jawad Bendaoud, celui d’Abdelkader Merah, le procès Tron, le procès Carlos, et Emmanuel Macron à la Comédie-Française. 2017 et 2018 passé à la moulinette judiciaire en quelque sorte, avec, en fond, la vie de l’auteur et metteur en scène, qui, d’académicien du Français devient faux photographe de presse pour aller s’incruster dans les cérémonies officielles et autres événements sans se faire prendre, et spectateur assidu dans les Palais de Justice.

Ici, on assume l’économie de moyens, on assume l’artifice plus ou moins grossier, le tout avec une légèreté et une irrévérence géniales. Pas pédant pour un sou, Hugues Duchêne met à nu une partie du travail qu’il lui a fallu abattre pour mener  à bien cette écriture demi-documentaire – entre citations d’articles de presse, récréation de situations, compte-rendu de procès… On se délecte sans mal de cette satire politique qui ne prend aucun gant, et accentue le ridicule sans pour autant tomber dans la facilité de l’humiliation. Il est peu dire que nous avons hâte de voir les prochains spectacles. En attendant, nous retournerons voir Je m’en vais mais l’Etat demeure dans quelques mois, impatients de voir comment le Royal Velours saura amener avec finesse sa critique de l’actualité qui vient.

Bertrand Brie

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