Le grand sommeil, enfance à l’oeuvre

Après une première création très remarquée, « Deux ou trois choses que je sais de vous », dans laquelle Marion Siéfert allait déterrer la vie privée de ses spectateurs à l’aide de facebook, « Le Grand Sommeil » met cette fois-ci en scène la performeuse Helena de Laurens, présente à la fois en son nom propre mais également au nom de Jeanne, la petite cousine de Marion Siéfert, supposée jouer dans le spectacle au départ.

Crédits photo: Matthieu Bareyre

On la voit débarquer sur « Bitch better have my money » à fond la caisse dans les enceintes de la salle du Théâtre de la Commune. Helena de Laurens agite un sac compulsivement, comme le ferait une enfant, pour la bonne et simple raison que ce soir, Helena est elle-même, mais elle est également Jeanne. Jeanne devait faire partie du spectacle, mais après avoir vu un médecin qui a conseillé une consultation auprès d’un psychologue, ses parents ont décidé qu’il valait mieux qu’elle se retire du projet. Jeanne a 11 ans, et elle n’est pas une « grande enfant », elle est une « enfant grande », qui nous raconte la manière dont elle a vécu le processus de travail, sa relation avec Marion et Helena, son ressenti…

En filigranes, derrière ces déclarations qui semblent somme toutes anodines, quoique pleine d’humour, on détecte la manière dont les adultes peuvent projeter un certain nombre de normes sur les enfants, comment ces conventions s’impriment dans leur esprit au cours de leur socialisation, mais aussi la manière dont sont transmis un certain nombre d’éléments de langage – comment ne pas deviner que le terme « grande enfant », s’il n’a peut-être pas été forgé tel quel par des adultes, n’est en tout cas pas né du seul esprit de Jeanne ? Tout cela alors qu’Helena de Laurens se contorsionne et décline toute une série de mimiques aléatoires, qui prennent une dimension comique particulière lorsque Jeanne se met à parler d’Helena au travers du corps de cette dernière. L’énergie déployée sur le plateau nous perd parfois, on ne comprend plus toujours très bien où on en est, mais de l’ensemble se dégage quelque chose d’étonnant, où le corps se met au service du discours sans que l’on doive décrypter chaque geste comme un signe particulier, l’idée étant plutôt d’appréhender l’ensemble globalement. On s’y perd comme on est raccroché par la formidable performance d’Helena de Laurens. Un moment étonnant, sans aucun doute.

Bertrand Brie

Le grand sommeil est joué en partenariat avec le Festival d’Automne à La Commune – CDN d’Aubervilliers jusqu’au 17 novembre, puis à La Ménagerie de Verre dans le cadre du festival Les Inaccoutumés du 20 au 22 novembre

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