La Winter Family nous immerge dans Hébron

Aux Amandiers de Nanterre, la Winter Family présente son nouveau spectacle, H2-Hébron, seul en scène dans lequel une comédienne porte au plateau les voix de ceux qui y habitent, quels qu’ils soient, souvent étouffées par la symbolisation d’un conflit dans lequel les rancœurs comme les envies de paix se mêlent les unes aux autres au cœur des injustices les plus flagrantes. Dans l’intimité du plateau de la salle transformable sur lequel est installé un dispositif bi-frontal, avec, au milieu, la ville qui se construit sous nos yeux dans toute sa complexité, le spectateur est secoué et éprouvé, balloté par les mots de la guerre.

Hébron, 2018, visite de la ville, et explication de la division en quartiers : H1 est le quartier de la colonie, H2 est la ville palestinienne. Nous sommes un groupe de 80 touristes emmenés au cœur de vies qui s’entrechoquent dans le contexte de cette colonie israélienne au cœur d’une ville du territoire palestinien. De la Mosquée d’Ibraimi construite sur tombeau d’Abraham, lieu de culte juif, aux points de frontières ultra-contrôlés en passant par ces maisons parfois récupérées par des colons israéliens dans des conditions troubles, les lieux sont nombreux et habités par les paroles et les subjectivités qui se confrontent.

H2-Hébron fait s’entremêler les paroles des habitants de cette ville si caractéristique de la colonisation israélienne, en ne faisant pas l’économie de l’opinions de colons. Cette création fondée sur un matériau documentaire, au cœur duquel, des entretiens avec les individus rencontrés sur place, permet de prendre l’ampleur de la complexité de cette situation vraisemblablement inextricable retranscrite dans le débit de parole impressionnant de la comédienne qui fait se mêler les voix de plusieurs personnes parfois au cœur d’une même phrase – procédé troublant s’il en est – tout en ne se gardant pas de prendre parti : si les mots des colons sont retranscrits, les revendications des palestiniens et leur oppression sont également mises en lumière, à juste titre, avec la surmilitarisation de leur traitement citoyen et les suicides jusque chez les enfants. Ce spectacle de la Winter Family, s’il est éprouvant et laisse parfois peu de place à la réflexion du spectateur en l’assaillant littéralement de paroles, est troublant et nous investit au cœur de la situation locale. Une véritable expérience – y compris sensorielle.

Bertrand Brie

Crédits photo: Shlomi Yosef

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