La sublime Dame aux camélias d’Arthur Nauzyciel

Metteur en scène et récent directeur du Théâtre National de Bretagne, Arthur Nauzyciel, revient en région parisienne avec son nouveau spectacle, première création depuis son départ du CDN d’Orléans pour prendre la tête du TNB. Aussi exigeante que ses précédentes créations, cette Dame aux camélias fait montre d’un supplément d’âme qui se dégage parfois du travail d’Arthur Nauzyciel, d’une beauté qui se dégage de l’aridité de façade pour émouvoir aux larmes.

Marguerite Gautier, courtisane énigmatique au charme dévastateur fait grande impression dans la petite société parisienne. Entretenue par des notables et quelques riches aristocrates, elle capte l’attention et entretient la fascination qu’entretiennent les gens pour sa beauté et sa prestance. Armand Duval, un jeune homme somme toute fort banal, tombe fou amoureux d’elle et parvient à l’approcher. Après un temps, il achève de la séduire à force de patience dénuée de tout acharnement, et tous deux vivent une histoire d’amour formidable dont se dégage un charme vénéneux. Malgré quelques éclats de jalousie, dus au fait que Marguerite nécessite malgré tout de conserver des liens avec ses riches contacts afin de conserver son train de vie, ils finissent par s’isoler afin de poursuivre leur vie à deux, loin du microcosme parisien. Cette histoire d’amour fusionnelle et intense est malgré tout contrariée par le poids des contraintes et des stigmates sociaux, et sombre lentement dans la tragédie.

La mise en scène d’Arthur Nauzyciel prend place dans un vaste écrin de velours rouge dont l’esthétique fait penser à une espèce de boudoir dans lequel trône une sculpture phallique à taille humaine. L’exigence de la proposition, toute en retenue, dont se dégagent tour à tour un caractère solaire et une certaine moiteur, peuvent rebuter de prime abord et rendent l’engagement du spectateur vis-à-vis de l’œuvre un peu complexe durant la première demi-heure. Seulement la beauté formelle et l’intensité des comédiennes et comédiens, et notamment de Marie-Sophie Ferdane, Dame aux camélias tantôt éclatante, tantôt vaporeuse, et Heidi Zada, amant consumé par ses sentiments, crée des instants d’une indicible grâce qui nous embarquent pour ne plus nous lâcher. De l’apparente aridité se dégage alors le sublime et l’émotion nous gagne, si tant est qu’on ait réussi à l’apprivoiser, cette histoire d’amour passionnelle et tragique émouvant aux larmes. Courez voir la Dame aux camélias d’Arthur Nauzyciel tant qu’elle est encore aux Gémeaux – ou ailleurs si vous pouvez la voir en tournée – vous n’en sortirez certainement pas indemnes.

Bertrand Brie

Crédits photo: Philippe Chancell

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