La naissance de la tragédie, l’épure du théâtre

Artiste associé du Théâtre de la Commune, Maxime Kurvers y présente depuis quelques jours sa nouvelle création dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. La Naissance de la tragédie – référence nietzschéenne s’il en est – repart aux origines de l’art dramatique, et tâche de recréer les conditions de la plus ancienne des représentations dont nous gardons trace en narrant ses conditions et son exécution au plateau.

Crédits photo: Willy Vainqueur

Chaussé de cothurnes géantes faites de deux blocs de bois et d’une paire de baskets, Julien Geffroy s’avance vers nous, son air solennel surligné par une tenue kitsch aux allures cérémonielles et manifestement composée de pans de rideaux, d’une couverture de survie et de tissus divers. On soupçonne alors le début d’une espèce de performance rituelle, mais le comédien nous détrompe immédiatement en annonçant son intention de ne pas raconter la naissance de la tragédie à proprement parler – détrompant ainsi la simplicité apparente du titre du spectacle – mais plutôt d’évoquer au plateau les plus anciennes traces de tragédie dont nous disposons. Celles-ci renvoient à une représentation des Perses d’Eschyle en 472 avant JC, introduite par un exposé simple des conditions de la représentation, tant au sens de sa préparation que de son exécution. Lait et miel sont versés, de l’encens est embrasé, quelques gestes rituels, et Julien Geffroy vient au plus près de nous afin de nous conter à la fois le récit d’Eschyle et la mise en scène de l’époque.

Etrange expérience que cette Naissance de la tragédie, qui se veut moins être une quête originelle, qu’un renvoi à l’expérience théâtrale la plus dépouillée, à l’émotion qui se conçoit de voir un acteur face à une foule fictionnelle aussi bien que face au spectateur. Les décors, très kitsch également, renvoient à une espèce de théâtralité passée mais qui fait immédiatement écho dans l’imaginaire du spectateur. On se confronte assez rapidement à la volonté de Maxime Kurvers qui n’est autre que de donner à voir la théâtralité dans son plus simple appareil, et la manière dont elle peut prendre corps. On se laisse moins capter par la matière discursive que par la présence de l’acteur, au plus proche de nous. Julien Geffroy et Maxime Kurvers nous donnent alors à voir une réflexion scénique somme toute très sensuelle, à la fois simple et troublante.

Bertrand Brie

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