Kreatur, guerre des gangues

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Avec Kreatur, Sasha Waltz présente sa nouvelle pièce chorégraphique à l’Opéra Confluence dans le cadre du Festival d’Avignon. De ce « ballet » industriel et brutal, quelques belles images se dégagent, mais l’ensemble peine à convaincre notamment dans ses quelques séquences théâtralisées, souvent très démonstratives et très appuyées.

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

Lorsque tous ces danseurs arrivent dans leur gangue blanche, plongés au cœur d’une création sonore et visuelle à l’atmosphère quasi clinique, l’image est prometteuse. S’ensuivent des gestes saccadés, des corps qui semblent presque brutalisés tant ils renvoient à une sorte d’automatisation et d’ultra-contrôle de la chair. La première partie, quoique qu’alourdie par quelques longueurs, parvient tout de même à nous emporter tant la force de certains instantanés s’impriment sur no rétines de spectateurs.

C’est alors que cette partition bien huilée semble muter en une microsociété torturée entre le désir du collectif, l’arrivée d’un pouvoir coercitif, l’individualisme le plus brutal… bref, une sorte d’échantillon de la vie en groupe. Sasha Waltz fait preuve d’imagination lorsqu’elle masse ses danseurs sur un petit escalier dont certains manquent de chuter alors que d’autres montent au-dessus du groupe afin de s’enfuir. Mais cette dernière heure fait tout de même preuve d’un didactisme très appuyé en voulant rendre les images les plus illustratives possibles semble-t-il. Avènement d’un tyran, brutalisation de l’un des individus qui finit par s’échapper en surmontant la barrière humaine qui lui est opposée… la force du propos se dilue dans ces longues saynètes, dans lesquels le peu de texte proposé n’est pas franchement d’une pertinence ou d’une beauté qui emporte. La réflexion politique est somme toute très simple et ne parvient pas à être transcendée par la grammaire visuelle pourtant intéressante que Sasha Waltz était parvenue à mettre en place lors de la première demi-heure. Même l’arrivée de la danseuse revêtue d’une combinaison noire dardée des piques qui aurait pu ouvrir de très belles images retombe dans le flot visuel esthétiquement moins convaincant, moins frappant dans sa beauté ou dans sa laideur. Le spectacle s’achevant sur une chanson de Jane Birkin qui prônerait, semble-t-il un retour à la simplicité déjà invoqué auparavant – à l’occasion de paroles se voulant politique mais qui peinent à s’intégrer dans une véritable réflexion d’ensemble – on ne comprend plus bien où Sasha Waltz veut en venir, ou peut-être le comprend-on trop bien. L’ingénuité des solutions envisagées fait preuve, au mieux d’une certaine naïveté, au pire d’un propos trop faible qui se disperse entre abolition des frontières, travail sur la communauté, amour charnel… bref, si l’on retiendra sans doute quelques beaux moments, voilà un spectacle dont on sort un peu perdu pour de mauvaises raisons.

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