J’abandonne une partie de moi que j’adapte

Crédits photo: Hubert Amiel

Après une belle série au Théâtre National de Bruxelles, le spectacle de Justine Lequette, J’abandonne une partie de moi que j’adapte, est sur tous les fronts. Reprogrammé au Théâtre des Martyrs de Bruxelles pour la prochaine saison, sélectionné pour le Festival Impatience à Paris (104, T2G, JTN et Télérama), et fort d’un indéniable succès au Théâtre des Doms à Avignon où il se joue tous les jours à 19h30, voilà un spectacle d’une jeune compagnie qui tourne, et à raison.

Crédits photo: Hubert Amiel

Justine Lequette et ses complices partent d’une recréation artificielle du contexte de création du documentaire de Jean Rouch et Edgar Morin, Chronique d’un été. On voit donc les années 60 se recréer avec malice sous nos yeux, par le talent de cette bande d’acteurs qui n’hésite pas à faire des allers-retours entre réalité et fiction, nous rappelant que nous sommes au théâtre avec un humour irrésistible.

De là, on file à travers les décennies, pour arriver du côté de la société actuelle, des interrogations sur le travail déjà entamées avec Rouch et Morin, de l’exaltation de celui-ci par un certain président français. La description d’une époque pleine de réponses sans question, qui nous renvoie à cette fausse petite fille qui introduisait le spectacle et qui avait pour leitmotiv « pourquoi pourquoi pourquoi ? ». Le travail nous aliène-t-il au point qu’il sature complètement nos questionnements ? Prend-il tant de place que nous ne nous demandons même plus pourquoi nous sommes heureux, comment nous sommes heureux ? Si le spectacle reste encore un peu fragile sur la question de la valeur travail, n’allant pas forcément jusqu’au bout de la connexion entre interrogation du bonheur et prévalence de la valeur travail dans nos vie, il n’en reste pas moins que le constat posé est des plus intéressants : le XXIème siècle serait une époque saturée de réponses, mais sans question. Il est donc tant de se poser les bonnes questions, sans s’enfoncer dans une acceptation béate et mortifère ; l’idée est aussi salvatrice que bien amenée,  et l’on prend un grand plaisir à suivre cette drôle de bande une heure et demie durant.

Bertrand Brie

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