« IL » est une âme (le Baptême de LAMOMALI)

Cette année, c’est la musique qui a amené l’Afrique à Cannes.

Avec seulement deux films dans la sélection Un Certain Regard et un autre à la Quinzaine des Réalisateurs, il ne fallait pas chercher l’Afrique sur les écrans du Festival de Cannes 2017. Mais on l’a trouvée ailleurs. Sous le tapis rouge, il y a la plage et sur la plage il y avait Mathieu Chedid accompagné des stars de la musique malienne et de l’Afro Pop Orchestra.

Ils étaient peu, dimanche soir, à se presser aux alentours du tapis rouge pour voir l’équipe du Redoutable de Michel Hazanavicius monter les marches sous l’œil crépitant des objectifs des photographes. Les cannois étaient invités ailleurs, à quelques dizaines de mètre du palais des festivals.
« Vous avez récupéré vos places à la mairie ? », demande un habitant de la ville. Non, les nôtres nous les avons eu grâce à notre accréditation, mais nous étions peu à faire l’école buissonnière le temps d’une soirée pour un concert. Ou en tout cas, nous étions peu à porter nos précieux badges autour du cou. Sur la plage, pas de mention « tenue correcte exigée » sur le billet. Pas de talons aiguilles mais les pieds à même le sable. Les cannois sont chez eux et c’est eux que Thierry Frémaux salue en premier pour introduire ce qui va suivre.
Un peu plus loin sur la croisette, on entend le « boum boum » électronique d’une soirée privée. Mais très vite à partir de 22h30, c’est une autre sorte de musique qui prend le dessus. Sur la scène immense qui accueille normalement des projections en plein air, Mathieu Chedid, M, débarque.
« Le festival de connes. Elles sont toutes blondes, elles sont toutes bonnes, c’est toutes des bombes en silicones. Hallucinant dans le ciné y disent que je suis mort »
Un habitant de la ville l’avait prévu : « il va faire le Festival de Connes en premier ». C’est le premier concert de la tournée qui suit la sortie de l’album Lamomali du groupe éponyme formé de M, de Toumani Diabaté et de son fils, Sidiki Diabaté. Mais le show commence par des classiques. Onde Sensuelle. Puis Mama Sam. « Non je ne connais pas l’Afrique » est repris humblement par la foule.

L’Afrique à Cannes

Le Festival lui, connaît peu l’Afrique. La dernière fois que la compétition des long-métrages a compté un film venu du continent, c’était en 2014, avec Timbutku. En 2017, le Maghreb est représenté dans la sélection Un Certain Regard grâce à la Tunisienne Kaouther Ben Hania et à l’Algérien Karim Moussaoui. L’Afrique sub-saharienne l’est à la Quinzaine des réalisateurs. C’est une femme, Rungano Nyoni, qui représente la Zambie avec son premier long-métrage, I Am Not a Witch.
« L’Afrique, je la connais un peu mieux maintenant », explique Mathieu Chedid. Sur scène, les musiciens maliens le rejoignent et le ton change. Les couleurs aussi. Les stars auront beau rivaliser d’ingéniosité sur le tapis rouge, la tenue la plus chatoyante ce soir était celle de Fatoumata Diawara. Ici, pas de pose, pas de maquillage mais de la sueur, des sourires spontanés. Aux gestes punk de Kristen Stewart ou de l’équipe de How to Talk to Girls at Parties, les musiciens maliens opposent le signe de la paix, le V de la victoire.

Un peu comme au cinéma… sauf qu’on y danse

Un concert de M, c’est un peu comme un film, dans le sens où il y a des personnages, des dialogues et quelques monologues. Chaque musicien a son moment de gloire, sa personnalité qui se dessine en quelques mesures. Le metteur en scène est aussi acteur : comme c’est le premier concert de la tournée, Mathieu Chedid se tourne vers son orchestre pour montrer d’un signe de tête la reprise après un solo. Si c’est lui la star, il met sans cesse en avant les rôles secondaires, féminins ou masculins. « J’aimerais un son, une fusion. Ni être un homme, ni être une femme. Y a-t-il une autre solution ? Dans la langue, ça s’appelle une âme », dit la chanson.
Les performances sont filmées (plutôt bien d’ailleurs) et retransmises sur deux écrans géants, les lumières sont spectaculaires. « C’est vraiment le rêve ! », s’exclament deux cannoises qui chantent mot pour mot les paroles des chansons, comme on récite les répliques d’un film culte.
Un peu comme au cinéma donc… sauf qu’au cinéma on ne danse pas, on ne répond pas aux acteurs en répétant plus fort ce qu’ils viennent de dire. « It was nice actually to take a break », souffle une jeune américaine en robe de soirée à la sortie du concert. Effectivement, c’est agréable de faire une pause dans les projections, de faire circuler le sang dans les jambes appesanties par les heures de queue, suivies des heures de film. Ça fait un bien fou… Amssétou !
Mathilde DUMAZET

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