Handball, le hasard merveilleux

Au Théâtre du Rempart se joue tous les jours à 16h10, Handball, le hasard merveilleux. La distribution est alléchante: mise en scène de Laurent Natrella de la Comédie-Française, sceau de la Compagnie 14:20, l’une des pionnières en magie nouvelle, la talentueuse comédienne Brigitte Guedj, et l’orfèvre de la création lumières, Elsa Revol. Dommage, donc, que le tout s’enlise dans un texte dont le propos semble à la fois inconsidéré et contre-productif vis-à-vis des louables ambitions que le spectacle se donne.

Sylvie, entraîneuse de Handball à Aubervilliers, emmène son équipe jouer à Constantine, Algérie, pour le Tournoi de l’amitié. Elle nous conte avec humour la situation dans laquelle elle est, nourrie par le secret espoir de retrouver sa tante qui serait la seule famille qui lui reste. Dans ce retour en enfance, les petites trouvailles de la Compagnie 14:20 permettent de créer un univers à la fois réaliste et onirique étonnant, et le rythme du spectacle est porté par la comédienne Brigitte Guedj avec entrain.

HAND BALL LE HASARD MERVEILLEUX -

C’est alors que des blagues  sur le voile, mal placées, lourdes, et en contrepoint total de la volonté pacificatrice que se donne le spectacle, arrivent sur la table. On entend parler de « bonnes soeurs en tchador » (voyez le mépris, et la confusion troublante entre les différentes formes de voile), elle parle avec effarement de l’équipe de jeunes filles toutes voilées si bien qu’on se croirait selon elle « dans un épisode de sister act ». Cette fable douce-amère s’achève sur une morale qui prône la paix dans le monde et la défection des obsessions religieuses, et on retrouve évidemment cette question du voile, avec un monologue final de la vieille tante qui explique alors qu’elle a rétorqué à son mari de porter d’abord le voile s’il voulait lui imposer, et il n’avait alors plus demandé. Le discours d’un féminisme paradoxalement paternaliste qui moque ouvertement le voile et ne le considère qu’au travers du prisme de la soumission gangrène ces désirs unificateurs en en faisant une vision complètement auto-centrée d’une équipe dans laquelle évidemment personne ne porte le voile. Cette violence dirigée sous couvert d’humour aurait aussi bien pu aller chercher les catholiques intégristes en col roulé et en jupe longue, les ashkénazes traditionnelles qui portent également le voile, la kippa, le col romain, les crucifix sur la poitrine; seulement la facilité l’emporte, et alors que le contexte tendu de notre société actuelle se nourrit de se genre de choses, on fait des femmes voilées, des femmes obéissantes, tandis que les rebelles se refusent à porter un bout de tissu sur la tête. Peut-être serait-il bon de s’ouvrir à d’autres horizons, puisque celui malheureux qui nous est pointé du doigt dans Handball masqué par un angélisme universaliste gâche finalement notre plaisir.

Bertrand Brie

Jusqu’au 30 juillet au Théâtre du Rempart, à 16h10.
Photos: Christophe Raynaud de Lage

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