F(l)ammes incandescentes aux Halles

Après être passé à la Maison des Métallos cette année, les F(l)ammes d’Ahmed Madani investissent le Théâtre des Halles d’Avignon pour le festival. Ahmed Madani continue dans la veine d’Illumination(s), qu’il avait présenté il y a déjà quatre ans, en présentant ici les paroles de dix interprètes dont les parents sont issus de l’immigration, dix interprètes qui naviguent au cœur d’une identité fracturée. Paroles du réel, on se prend à admirer le courage des ces femmes qui viennent mettre des mots simples sur des problèmes d’une immense complexité, en notant également la complicité de Mohamed El Khatib, coutumier de ce genre de travaux.

Pas de pitié, pas de sentimentalisme inutile, ni grand drame, ni petit drame, des histoires, seulement des histoires. Le mot-clé, la clé de voûte, c’est sans doute l’identité. L’identité narrative, celle dont parle Ricoeur, qui est la manière de fictionnaliser sa vie, ou plutôt de mettre en forme le récit de son existence, la hiérarchie des événements. L’identité, telle qu’elle est présentée dans le débat politique, intangible, granitique, une identité sur laquelle on se casse, les dents, on se cogne, dès que l’on ne correspond pas aux standards attendus. Inutile d’essayer de résumer les paroles de ces femmes qui viennent chacune parler de leur singularité sur scène, de leur rapport au monde et à elles-mêmes, de leur rapport à la société, bien plus complexe que pour la majeure partie du public avignonnais, souvent blanc et favorisé.

On expose sans peur et sans reproche les privilèges et les oppressions, avec parfois une certaine émotion, sans jamais tomber dans un pathos qui pourrait avoir pour conséquence une espèce de paternalisme spectatorial, vice caché trop souvent présent dès que l’on s’approche d’un film ou d’une pièce qui se donne pour ambition de parler de ce mot fourre-tout « filles de banlieue ». On a affaire ici à quelque chose qui dépasse cette identité réductrice : ces f(l)ammes sont des artistes, et de puissantes, d’émouvantes, de talentueuses. Elles se meuvent avec une aisance et un naturel rare sur scène, elles communiquent avec leur public comme personne. Il suffit d’y aller avec pour seule ambition, l’écoute. Alors, lorsqu’on les entend parler sans fard, qu’il est bon d’aller à leur rencontre.

Bertrand Brie

Jusqu’au 30 juillet au Théâtre des Halles à 11h
Photos: François Louis Athénas

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