Situation de crise dans les ruines d’Athènes

Beau pari que de proposer deux spectacles du jeune collectif Birgit Ensemble dans la programmation du Festival d’Avignon. Olivier Py montre clairement qu’il fait le pari de la jeunesse et de l’audace puisque cette équipe prometteuse est certes déjà forte du beau succès de Berliner Mauer, mais en reste encore à ses débuts. Ici, Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes permettent de clore la tétralogie européenne du Birgit Ensemble commencée avec Berliner Mauer et Pour un prélude. L’ambition est importante, et l’ensemble documenté, seulement, le deuxième volet – Dans la ruine d’Athènes – déçoit plus qu’autre chose.

On entre avec une certaine excitation à l’intérieur du Gymnase Paul Giéra. Il est 20h30, on nous demande de garder nos téléphones portables allumés. On va apparemment participer à un jeu après avoir rempli un formulaire où l’on détaille notre profil. Alors commence Parthenon Story, Remix évident d’un loft story avec des grecs fauchés et endettés comme autant de variations contemporaines des personnages mythiques – on retrouve par exemple Médée, mère célibataire de deux enfants s’intéressant à l’herboristerie en amateur. En parallèle, des parodies de réunions avec les dirigeants européens et grecs afin de discuter des possibilités de résolution de la crise qui sévit alors chez les hellènes – parodies certes très documentées, mais parodies tout de même.

Europe dans Memories of Sarajevo
Europe dans Memories of Sarajevo

Si l’humour est l’une des marques de fabriques du spectacle, il finit par enliser largement le propos déjà desservi par un parti pris dramaturgique qui s’épuise rapidement. La politisation du propos, si elle n’est pas inutile, reste tout de même relative : à quel public s’adresse-t-on en disant cela dans une salle du théâtre, n’est-ce pas un peu banal que d’aller encourager la révolte des peuples contre leurs dirigeants en présence d’individus largement favorisés culturellement et économiquement (le revenu moyen de notre salle tournait tout de même autour de 4000 euros par mois selon les graphiques proposés par le Birgit) ? En sus de cela, la division de la pièce en forme de tragédie ponctuée par des stasimons nous mène à rencontrer Europe, semble-t-il supposée amener une dimension mystique mais dont la profération lourde et académique faisant penser à un spectacle de sortie d’école supérieure finit par agacer, l’ensemble du propos perdant également de sa force en voulant jouer sur plusieurs tableaux. Le tout s’achève dans une ambiance de césarisme théâtral où l’on amène le public entier à se lever afin de trinquer avec Europe contre nos dirigeants oppresseurs, invitant le public à se lever et donc naturellement à rester debout pour les applaudissements. L’effet n’est sans doute pas volontaire, mais il reste malgré tout une drôle d’amertume de s’être levé pour un spectacle que l’on n’a pas forcément apprécié. Sans doute le Birgit Ensemble aura-t-il manqué de temps ; au vu du grand talent du collectif et de ses metteuses en scènes, on peut parier que l’on peut attendre le prochain tranquillement. D’ici-là, on patiente.

Bertrand Brie

Jusqu’au 15 au Gymnase Paul Giera, à 20h30
Photos: Angelos Tzortzinis et Christophe Raynaud de Lage

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