Claudel Kahlo Woolf, fenêtre sur l’intimité

La proposition présentée à l’Artéphile tous les jours à 22h10 est des plus singulières. Le titre, Claudel Kahlo Woolf, laissait craindre un biopic croisé de trois femmes devenues des mythes, chacune à leur manière, toutes en lutte contre des masculinités étouffantes. Il n’en est rien, on assiste plutôt ici à un travail transdisciplinaire intrigant, fonctionnant par fragments qui donnent des aperçus, donnent à voir des couleurs, des sortes de fenêtres ouvertes sur ce que furent ces femmes et ce qu’elles représentent.

Dans un début éthéré, quelques morceaux d’un texte narrant l’accident de Frida Kahlo à travers ses yeux, une barre de fer qui lui traverse le corps, l’étourdissement… puis une scène où l’on voit les trois protagonistes devant leur ordinateur, avec l’image prise par la webcam diffusée sur l’écran en arrière-scène. On les voit, clope à la main, écoutant des émissions de radio à leur sujet. Rien n’est fait vraiment ici pour nous raconter la vie de Frida Kahlo, Camille Claudel ou Virginia Woolf. Quelques gros plans seulement, quelques thèmes qui traversent le spectacle sans trop rien dire. Un gros travail sur la perception du spectateur et ses sensations semble-t-il…

On dirait finalement que la metteuse en scène essaie presque de nous offrir un aperçu de l’intimité de ces femmes sans complètement les dévoiler. De passer outre leur statut de personnage public pour nous donner un aspect plus fragile, plus fugitif, plus proche d’elles. Et de développer également une réflexion sur leur rapport aux hommes, et la manière dont la vie de chacune fut prise d’assaut par des masculinités toxiques contre lesquelles elles menèrent une bataille parfois féroce. Entre Virginia Woolf, cataloguée comme frigide par son mari après leur nuit de noces, alors même qu’il fut effrayé par le désir de sa femme ce soir-là ; Frida Kahlo, subissant la jalousie de son mari, et ses tromperies ; Camille Claudel, internée par son frère, et abandonnée par sa famille. Chacune à sa manière, elles finissent par les rejeter, se défaire d’eux tous, pour grandir libres. Le spectacle s’achève sur une vidéo particulièrement évocatrice dévoilant une espèce d’araignée, dont les mâles paradent en faisant les beaux, et se font finalement dévorer par la femelle après l’accouplement. Sans chercher à tout décrypter, et malgré quelques faiblesses – notamment lors de la première scène autour de la table, durant laquelle elles discutent –on passe un moment de théâtre intrigant, que l’on renouvellerait sans peine. On recommande, sans aucun doute.

Bertrand Brie

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