Cinéma – Eté Indien #3 Boyhood – Métamorphoses – Les Gardiens de la Galaxie

L’été se termine demain et pourtant c’est comme s’il n’avait jamais été aussi présent depuis son arrivée. La saison la plus propice pour déguster les artichauts se termine également niveau légume, mais pas pour nous : c’est toute l’année que vous pourrez dévorer nos articles.
La Rubrique Cinéma vous propose de prolonger un peu plus le climat estival par un petit récapitulatif des films coup de cœur de la saison qui sont, pour la plupart, encore en salle.

BOYHOOD, CHRONIQUE D’UNE GENERATION

Boyhood_film

Les plus :
– Des acteurs interprétant brillamment des personnages auxquels on s’identifie dès les premières minutes
– Une B.O. style indie-pop-rock-comme-on-les-aime invitant à un road trip temporel

Le moins
– Un début un peu long, le film ne démarre vraiment qu’après les premières 30-45 minutes

Note : 4,5 artichauts (sur 5)

Filmer les mêmes acteurs pendant douze ans de manière à ce qu’ils vieillissent en même temps que leur personnage. En voilà un projet audacieux. C’est pourtant ce qu’a entrepris Richard Linklater en réalisant Boyhood. Au fil du film, les années passent et on voit Mason (interprété par Ellar Coltrane) grandir et découvrir la vie. De ses 6 à 18 ans, se succèdent à l’écran événements familiaux, ruptures amoureuses et expériences en tous genres. Mason c’est un peu chacun de nous, chacun des enfants des années 1990. On s’identifie à ce petit garçon qui pique les Barbie de sa soeur, qui joue à la Wii et collectionne les fossiles ; qui grandit entre High School Musical, Britney Spears et Lady Gaga. Mais, ne vous en faites pas, même si les références musicales venant d’être citées sont loin d’être jugées de bonne qualité, la bande originale rattrape cet écart culturel. De Coldplay à Bright Eyes en passant par Family of the Year, la musique du film nous invite à voyager et à profiter de la vie.

Marie Zafimehy

Métamorphoses de Christophe Honoré, adapté des Métamorphoses d’Ovide

métamorphoses

Synopsis :
Europe se laisse séduire par Jupiter (I Europe et Jupiter) et le suit hors de la cité dont elle vient. Ensemble ils parcourent le sud de la France au rythme des contes de Métamorphoses, récits enchâssés les uns dans les autres. De la jalousie de Junon à la rencontre avec Philémon et Baucis, Europe  est entraînée dans l’univers des dieux, merveilleux et terrible à la fois. Puis vient la deuxième partie : II Europe et Bacchus. Dieu orgueilleux, il emmène Europe rencontrer ses Bacchantes tout en lui racontant d’autres parties du poème afin de justifier son besoin de reconnaissance par les mortels. Enfin arrive Orphée (III Europe et Orphée), prosélyte enchanteur qui charme Europe et une bande sectaire par ses paroles jusqu’à ce qu’il meurt, assassiné par les Bacchantes.

Étrange énergumène que le dernier film de Christophe Honoré. Peu avant le début de la projection en avant-première à l’Arlequin, le cinéaste se justifie « Je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de si particulier dans le film, j’espère juste que vous l’aimerez. »

Comment te dire Christophe…? De tous tes films c’est le plus spécial, mais pas le meilleur. De toutes les sorties de la rentrée c’est la plus insolite, une des plus surprenantes.
Le concept est simple : transposer les Métamorphoses d’Ovide dans notre société. Au plus grand dam des latinistes conservateurs et pour le plus grand plaisir des plus progressistes d’entre eux dont je fais partie. Narcisse, Io, Jupiter et Europe ont habité notre imaginaire grâce à la merveilleuse matière qu’est le latin.

Difficile donc de parler de dieux et de déesses « fantastiques » aujourd’hui, surtout lorsqu’on sait que Christophe Honoré n’est pas amateur d’effets spéciaux façon blockbusters et que son réalisme l’accompagne jusque dans des récits de plusieurs siècles (La Belle Personne adaptation de la Princesse de Clèves) ou de plusieurs millénaires.

Dans le fil, le réalisme permet de transmettre deux beaux messages :
– Europe, jeune mortelle dont on suit les (mes)aventures vient d’une cité d’une ville du sud de la France, elle est d’origine maghrébine, elle est française, c’est la représentation de l’Europe dont on vient tous, l’Europe méditerranéenne, loin des clichés de beauté américains.
– Les dieux ne sont pas des êtres parfaits, exemples à suivre. Il sont colériques, orgueilleux, jaloux, étranges mais aussi généreux et infiniment beaux. Les dieux guident mais laissent Europe libres de ses choix, du choix de les suivre dans un voyage formateur et de celui de refuser une vie immobile.

Dieux et mortels sont des acteurs pour la plupart non professionnels, leur jeunesse porte le film jusqu’à certaines limites. Leur naturel est parfois exagéré et à l’opposé, la touche personnelle d’Honoré qui met en scène les dialogues dans un langage très théâtrale et soutenu les pousse à surjouer. Ce qui fait la particularité de l’adaptation de la Princesse de Clèves dans la Belle Personne dessert ici les Métamorphoses.

Au fur et à mesure de ces dernières, on découvre ce qu’il reste de bucolique et de champêtre en France. Les zones périurbaines deviennent de plus en plus sauvages et l’histoire de plus en plus décousue malgré une volonté de guider plus le spectateur au début pour le laisser plus libre par la suite. Des plans magnifiques dans des cadres atypiques se succèdent et Europe ne suffit plus à leur donner une cohérence.
Dans Ovide, les liens entre les histoires existent. Chez Honoré ils deviennent superficiels.

L’influence de l’expérience au théâtre du cinéaste par le biais d’un spectacle sur le Nouveau Roman se ressent mais ne trouve pas d’échos dans les personnages d’Ovide.

Reste la poésie du conteur et celle du réalisateur, leurs talents respectifs qui illuminent ces fables aux morales décalées mais terriblement contemporaines. Honoré passe un contrat avec nous, il faut y croire pour le voir, se laisser porter pour mieux se métamorphoser.

Mathilde Dumazet

Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn

Peu habituée à l’univers de Marvel, c’est avec peu d’attentes et un peu à contre cœur que je suis rentrée au Rex pour voir les Gardiens de la Galaxie. Blockbuster, super-héros, aventures spatiales…Des mots qui font rêver certains ou qui font horreur à d’autres. Le film trouve le parfait équilibre entre ces deux extrêmes. La lourdeur des effets spéciaux à tout va est compensée par une bande originale pétillante (pop music des années 70-80). La superficialité du scénario est quant à elle rattrapée par des dialogues plein d’humour.

Un film divertissant, parfois touchant même si parfois à la limite du ridicule. Un régal pour les amateurs du genre et un bon moment pour les autres.

Mathilde Dumazet

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