C’était Murakami, arrangé par Duke Ellington

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Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil : deux amant.e.s aux étoiles contraires. Leurs rencontres sont bercées par l’air mélancolique de Star-Crossed Lovers ; et la musique de Duke Ellington se fond à la poésie de Murakami, l’imprégnant d’une teinte surannée et hors du temps.

En attendant la traduction française de Killing Commendatore, paru au Japon en février 2017, l’Artichaut invite ses lecteur.rice.s à se (re)plonger dans l’un des anciens succès d’Haruki Murakami.

À douze ans, Hajime rencontre Shimamoto-san. Tous deux « enfants uniques » et de fait mis à l’écart par leurs camarades de classe, ils découvrent ensemble le jazz, l’amitié et s’éveillent aux premiers frissons sensuels. Shimamoto-san déménage, laissant un goût amer à Hajime. Il a d’autres aventures, se marie, mais garde précieusement le souvenir de son premier amour.

Hajime a 37 ans, il est le père de deux enfants et l’heureux propriétaire d’un club de jazz à Tokyo, lorsque Shimamoto-san fait irruption dans sa vie. Même complicité qu’à 12 ans, même fascination pour son énigmatique beauté, même désir secret. Elle n’apparaît que les soirs de pluie, s’absente des mois sans donner de nouvelles, ne veut rien révéler de son autre vie. Derrière les lunettes noires, les traits fins du visage, se cachent la souffrance, la violence et la folie. Leur relation se joue dans l’instant, c’est de cet instant qu’elle tire sa force et son intensité, leur relation s’épanouit dans les rêves et les pensées qui ramènent toujours Hajime à l’autre fantasmé. Une passion qui ne résisterait à aucun cadre préétabli. Shimamoto-san, décrite à travers les yeux de Hajime, reste mystérieuse et secrète, à la fois follement désirable, mais tellement fantasmée qu’elle en devient presque irréelle. Cela s’est-il vraiment passé ? Cette passion qui se vit dans l’instant, ne laisse pas de trace matérielle, si ce n’est l’éphémère rouge à lèvres sur les mégots de cigarettes. Il n’y a pas de preuves d’amour, il n’y a que le désir brûlant, aussi intense qu’au premier jour.

Une langue poétique, des images fantasmagoriques, un érotisme discret et envoûtant, qui mettent à jour les contradictions d’un personnage en quête d’un absolu inaccessible : l’intensité de sa relation avec Shimamoto-san tient peut-être justement à ce qu’elle reste sans cesse au bord du précipice.

 

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, traduction de Corinne Atlan, Éditions 10/18, 264 pages, 2011

 

Colline Charli

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