Bibli-interview n°3 – Margaux

La rubrique Littérature de l’Artichaut a lancé un nouveau projet : les bibli-interviews. Pour celles-ci, nous partons à la rencontre d’étudiant.e.s de Sciences Po, afin de découvrir leurs bibliothèques et leur rapport à la lecture.

Dans ce troisième entretien, Margaux, étudiante en 4A du master Politiques Publiques, spécialité Défense et Stratégie, nous reçoit chez elle.

L’ARTICHAUT : Pour commencer, tu me présentes la fameuse bibliothèque ?

MARGAUX : Ma bibliothèque, comme je te le disais, a vraiment changé depuis la 3A : avant, j’avais surtout beaucoup de livres en rapport avec la littérature antillaise, autant de la poésie que des romans. Je suis née à la Réunion – qui n’est certes pas antillaise –, j’ai vécu en Guadeloupe ; de ce fait, j’avais une bibliothèque à la maison qui était assez inspirée par ça, et ce sont ces livres que j’ai apportés avec moi à Paris. J’ai aussi pris des cours en 3A sur ces sujets. Mais en 3A, j’ai commencé à étudier le russe, et maintenant que je suis rentrée, j’ai clairement consacré un rang entier de ma bibliothèque à la littérature russe. Les livres sont cependant en français, pour la plupart, parce que je ne maîtrise pas encore assez la langue russe. Comme tu le vois, ma bibliothèque est organisée de façon plus thématique que par maison d’édition : ici, il y a plutôt les russes, ce côté-là est consacré aux antillais, et on trouve la poésie là-haut. Enfin, là-bas c’est plus les livres de la collection Pléiade et mes belles éditions.

L’ARTICHAUT : Qu’est-ce que tu aimes lire en général ?

MARGAUX : Je lis avant tout des romans. C’est à la fois un outil de réflexion, un accompagnement, et puis un divertissement. Je les lis surtout le métro, quand je peux, ou chez moi, le soir. Récemment, j’ai acheté 2084[1], mais ça faisait longtemps que j’en entendais parler. Et j’ai aussi retrouvé ce livre d’Hubert Haddad, Le peintre d’éventail[2], qui est absolument magnifique, ; je l’ai récupéré chez mes parents, lors de mon dernier séjour en Bretagne. En fait, les livres, soit je les récupère, soit je les achète d’occasion – dans des librairies d’occasion, notamment en Bretagne. J’ai pas mal de bouquins que j’ai un peu dispersés dans différentes maisons, et que je rapporte parfois avec moi à Paris. Donc de manière générale, je lis plutôt des romans, mais j’aime aussi beaucoup la poésie. Le dernier recueil que j’ai lu, c’est Rubayat[3], d’Omar Khayam : c’est un poète perse, que je trouve vraiment touchant. Je l’ai trouvé chez un libraire d’occasion. Amin Maalouf en parle dans Samarcande[4] ; il y relate plus ou moins sa vie. Omar Khayam parle beaucoup de vin dans sa poésie, et c’était aussi un grand astronome, donc c’est un sujet qui occupe une place importante également. Il a vécu au XIe siècle, et c’est impressionnant parce que c’est un des plus grands poètes persans ; pourtant on le connaît très peu ici, en France. J’ai aussi trouvé d’autres recueils de poésie persane chez ce même libraire. J’aime beaucoup la collection Sinbad chez Actes Sud, et du coup j’en ai acheté trois en même temps : L’amour, l’amant, l’aimé[5], de Hâfez Shirâzi, Le vent, le vin, la vie[6], d’Abû-Nuwâs, et Les Impératifs[7], de Ma’arrî. Ce sont des textes qui traitent souvent de l’amour, le vin, la vie – mais de manières très différentes. C’est traduit de l’arabe, que je ne parle pas du tout ; mais pour les personnes que ça intéresserait, ce sont des éditions bilingues. Les trois sont des poètes ; beaucoup ont été accusé d’hérésie à l’époque, et aujourd’hui ils sont très lus en Iran, notamment en particulier Hâfez Shirazî, qui est un des poètes persans les plus lus et les plus récités. Je trouve ça très intéressant, car ce sont des choses que je ne connaissais pas du tout. La métrique m’intéresse également beaucoup, ainsi que la question de la traduction. Sinon, pour revenir aux différents axes de ma bibliothèque : en bas, il y a plutôt des livres en rapport avec les cours – la défense et la science politique, en particulier.  On trouve aussi pas mal d’écrivains diplomates dans ma bibliothèque, parce que je suis très intéressée par les liens entre le voyage, le service de l’Etat et l’écriture ; j’aime découvrir comment ces personnes voient le monde, et comment ils le racontent. Il y a Paul Claudel, Romain Gary, à sa façon, Paul Morand – dont je n’ai qu’un seul livre, L’homme pressé[8], mais aussi, Saint-John Perse, et même Chateaubriand, qui lui aussi était diplomate. J’aime bien Chateaubriand, là-haut j’ai son Album de la Pléiade[9] d’ailleurs ; il a un certain charme de romantisme et d’Ancien Régime. J’aime aussi énormément Aimé Césaire, qui n’était pas diplomate, mais qui a une dimension d’homme d’Etat. En même temps, il a un immense lyrisme, qui suffit à parler de tous les éléments du monde rien qu’à travers ses poèmes. C’est vraiment un auteur que j’aime beaucoup.

L’ARTICHAUT : C’est inévitable : il faut que je t’interroge sur cet immense rayon russe et para-russe qui se trouve au centre de ta bibliothèque !

MARGAUX : Alors, pour la littérature russe, j’ai commencé par Vladimir Nabokov, parce qu’on m’a offert Lolita[10] quand je suis rentrée en 1A. C’est d’ailleurs un de mes livres que j’ai le plus annoté : j’ai écrit partout ! Je n’ai pas encore pris le temps de remettre mes notes à plat, en les recopiant dans mon carnet. Mais sur le livre lui-même, j’ai vraiment écrit tout ce qui me passait par la tête, notamment par rapport à la langue. Ce qui m’intéresse particulièrement, chez Nabokov, c’est que comme lui, j’ai étudié à Cambridge ; et dans tous ses livres, on sent une certaine trace de cet endroit. Il y parle beaucoup de l’Angleterre et de Cambridge, de l’ambiance de ces écoles, mais aussi de l’esprit anglais très rangé – surtout par rapport à l’âme russe. Il interroge : comment tu vis, en tant que russe, dans la société anglaise de cette époque-là ? Ça se sent notamment dans L’exploit[11], qui est aussi un roman que j’ai beaucoup aimé. Le dernier livre de Nabokov qu’on m’a offert, c’est Lettres à Véra[12], qui est magnifique. Ça vient de paraître chez Fayard, et c’est les lettres qu’il écrivait à sa femme, Véra Slonim, qu’il avait rencontrée à Berlin – il y en a vraiment énormément. C’est vraiment très émouvant, beaucoup plus que tous ses autres livres, parce que ce sont ses lettres personnelles. Mais en tous cas, chez lui, je lis tout : la correspondance aussi bien que les romans et les nouvelles. En fait, Nabokov, est un des seuls auteurs dont j’ai vraiment lu des choses très différentes. J’ai beaucoup aimé L’Enchanteur[13] ; et puis j’ai aussi lu Chambre obscure[14], un recueil de différentes nouvelles : c’est super parce qu’il y a des textes qui se lisent très vite dans le métro, et puis le lendemain tu peux vraiment te plonger dans quelque chose de beaucoup plus développé. Ce sont des livres qui ont été écrits avant Lolita et on retrouve énormément de thèmes y seront développés. Et puis à côté de tout ça, j’ai aussi beaucoup de Romain Gary !

L’ARTICHAUT : Que tu as donc mis dans ton étagère russe.

MARGAUX : Eh oui ! C’est pour faire la transition vers le reste. Même si lui-même n’a probablement jamais vécu en Russie à proprement parler, il revendique une certaine identité russe.

L’ARTICHAUT : Et à côté, j’aperçois aussi le très russophile Sylvain Tesson.

MARGAUX : Oui, Sylvain Tesson, que j’apprécie beaucoup ! Je n’ai pourtant que deux livres de lui. Mais celui-ci, je l’aime tout particulièrement : Ciel mon moujik ![15]. Ce sont tous les mots qu’il a repérés au cours de ses voyages comme étant des mots français passés dans le russe. C’est délicieux, parce qu’il y relate plein de petites anecdotes, que ce soit sur les faux-amis, la gastronomie, et de manière générale toutes les expressions françaises qui sont passées dans le russe. Tu vois ça, et tu te dis « ah quand même, c’est amusant ! ». « La langue de Tolstoï regorge de mots de celle de Molière », dit la quatrième de couverture. Et, forcément, comme il a passé vingt ans à explorer la Russie, c’est vrai que j’ai une certaine affection pour Sylvain Tesson. Moi je n’y ai été qu’une seule fois, mais je compte bien y retourner !

L’ARTICHAUT : Comment tu es venue à ce goût pour la littérature russe ?

MARGAUX : Je l’avais déjà au lycée ; j’avais lu quelques Romain Gary – mais je ne peux pas dire que ça soit tout à fait ça, mon lien avec la Russie. J’avais aussi commencé à lire des auteurs comme Dostoïevski ou Tolstoï. Ensuite, avoir choisi d’étudier le russe de manière intensive en 3A a été assez déterminant. L’originalité de Cambridge, c’est que dès le début de ton apprentissage de la langue, on te fait directement lire des textes, notamment ceux d’Anna Akhmatova, ou Mikhaïl Lermontov : on avait par exemple travaillé sur Un héros de notre temps[16]. Dès le cours d’initiation, on travaillait sur des textes de littérature russe – ce qu’en France on ne fait pas du tout ! Et puis ce qui me plaît, c’est qu’il y a eu tellement de grands bouleversements internes dans la société russe, et que je trouve que la littérature le reflète vraiment très bien. On ressent vraiment une sorte de besoin de se pencher sur la souffrance des gens. C’est aussi bien le cas chez Nabokov, qui était exilé, que chez Alexandre Soljenitsyne, dont la femme était à Livre Paris[17] cette année –  forcément, elle a fait un tacle à Macron parce qu’il n’est pas venu sur le stand russe… Un journaliste lui a demandé quel était le point commun entre Goscinny et Soljenitsyne ; c’est comme ça que j’ai appris qu’en fait, la famille de Goscinny possédait la seule maison d’édition à Paris qui avait des caractères cyrilliques – parce que Goscinny venait d’une famille polonaise, je crois. Et donc c’est cette maison d’édition, les imprimeries Abraham Béresniak, qui a publié la première édition en russe de L’Archipel du goulag[18] quand Soljenitsyne réussi à le sortir par petits bouts de Russie, grâce à sa femme – qui est vraiment une personne impressionnante. Du coup, c’est la France qui l’a publié en premier ; et il a eu le retentissement qu’on connaît, puisqu’il a obtenu le Prix Nobel de Littérature. Le seul livre de Soljenitsyne que j’ai dans ma bibliothèque, c’est Les Droits de l’écrivain. Suivi de : Les Discours de Stockholm[19]. Donc voilà, ça c’est pour les russes ! Ah, et là, celui-là, De Saint-Pétersbourg à Rome[20], il faut que je le lise : c’est un livre de Wladimir d’Ormesson, le grand-père de Jean d’Ormesson. Lui aussi était ambassadeur, et ce livre a l’air génial, j’ai très envie de le lire !

L’ARTICHAUT : Je vois que tu as aussi un petit coin poésie, et tu m’as parlé plus tôt de poètes persans : c’est quoi ton rapport à la poésie ?

MARGAUX : C’est pour moi ce qu’il y a de plus beau : je lis ça beaucoup par bribes ; et je vais souvent être frappée par des détails. Par exemple Pierre Reverdy[21] est un poète parle de façon très simple du monde qui l’entoure et de ce qu’il observe, et c’est vraiment une façon différente d’appréhender le monde. C’est ça qui me plaît dans la poésie. Par exemple, ce que j’aime chez Anna Akhmatova[22], c’est la façon qu’elle a de raconter sa souffrance, et comment elle a caché ses poèmes – c’était un peu la seule façon pour elle de s’exprimer : elle les a cachés pendant une quarantaine d’années, elle ne pouvait pas être publiée. C’est un témoignage absolument bouleversant de sa vie, de comment son mari est mort, son fils était en prison… Mais mon poète préféré reste quand même Aimé Césaire[23] : je suis très sensible à cette idée de poésie révolutionnaire, qui suffit à dire tellement de choses.

L’ARTICHAUT : Il y a d’autres auteurs qui sont particulièrement importants pour toi ?

MARGAUX : J’aime aussi énormément Hubert Haddad. Hélas, celui-ci, Le peintre d’éventail[24], n’est plus disponible ! A Livre Paris[25], j’ai demandé sur le stand de Zulma où était le bouquin, et ils m’ont répondu qu’ils ne le faisaient plus. Sinon, je trouve qu’il y a un livre qui devrait être plus lu : Le Maître et Marguerite[26], de Mikhaïl Boulgakov. C’est sublime, très sensible, et en même temps, c’est drôle et complètement inimitable ! Il a été écrit pendant la dictature stalinienne. C’est très riche, et très beau. Ce qui est curieux, c’est que les étudiants internationaux connaissent beaucoup ce livre, alors que nous, on n’en entend pas plus parler que ça. J’aime aussi énormément Solibo Magnifique[27], de Patrick Chamoiseau. Il y a Texaco[28] aussi ; celui-là a eu le prix Goncourt. Mais je préfère quand même Solibo Magnifique. Ça se passe en Martinique, et ç’a une forme qui se rapproche un peu d’un roman policier parce qu’il est question d’une mort suspecte. Il est question d’un conteur, qui raconte des contes créoles sur la place publique ; mais ce conteur meurt de façon très suspecte. On commence donc à interroger les gens qui étaient présents à ce moment-là, et on va essayer de comprendre pourquoi il est mort comme ça, subitement, en déclamant un conte pendant la nuit. Patrick Chamoiseau a petite formule que j’aime bien, et que j’avais notée : « écrire, c’est comme sortir le lambi de la mer pour dire : voici le lambi ! La parole répond : où est la mer ? » Cette idée d’oralité dans la littérature créole me plaît bien. D’ailleurs, le rapport de Patrick Chamoiseau à la créolité est très différent de celui d’Aimé Césaire : Aimé Césaire, lui, écrit vraiment avec la langue française, alors que Patrick Chamoiseau cherche plutôt à s’approprier le créole et à l’utiliser avec le français dans la littérature.

L’ARTICHAUT : Tu m’as montré tout à l’heure que tu avais annoté ton exemplaire de Lolita, et là, tu as sorti un carnet : tu prends souvent des notes quand tu lis ?

MARGAUX : C’est systématique ! J’ai l’impression d’avoir une mémoire tellement fuyante que depuis 2015, j’ai ce carnet : le Moleskine spécial lecteurs, qui est une sorte de répertoire dans lequel je référence les livres que j’ai lus. J’indique le titre, la date à laquelle j’ai lu le livre, et des citations ; parfois, j’ajoute quelques éléments de contextualisation. J’essaye de le tenir à jour de façon régulière. Le tout premier livre que j’y ai référencé, c’est L’attrape-cœurs[29] de Salinger.

L’ARTICHAUT : Et tu écris aussi sur tes livres ?

MARGAUX : Oui, enfin j’ai du mal sur les plus belles éditions, mais pour les formats poche, j’hésite moins. Mais je ne prends pas un vrai stylo, je n’utilise qu’un crayon à papier. J’écris des petites réflexions, si quelque chose m’interpelle, et je mets des accolades si un concept ou une idée m’intéresse, ou si je trouve quelque chose de très beau. Pour revenir sur ma bibliothèque, je me rends compte en la regardant avec toi que je n’ai pas de BD ici ! Toutes mes BD sont chez mes parents, en Bretagne. Ici, j’ai surtout gardé les romans : on m’a offert la plupart, et j’ai acheté les autres, le plus souvent d’occasion. Ah, et j’ai aussi quelques revues ! J’ai des XXI[30], et un numéro d’America[31] aussi, j’aime bien. Je me suis abonnée au magazine Lire[32] aussi, mais je n’ai pas encore commencé à le recevoir. Enfin, là, en-dessous, j’ai des livres sur le renseignement, les services secrets, parce que dans le cadre de mon master, j’ai un cours sur les renseignements. J’ai un certain nombre de livres des Editions Nouveau Monde ; ce qui est amusant, avec cette maison d’éditions, c’est qu’en regardant leurs livres, a toujours l’impression en les regardant que ce n’est pas sérieux, que ça va être romancé… Mais en fait, pas du tout : ce sont de vrais spécialistes qui les écrivent !

L’ARTICHAUT : Tout à l’heure, mentionnais lire dans le métro : quand est-ce que tu lis en général, c’est quoi la place du livre dans ta vie ?

MARGAUX : C’est ma priorité ! Où que j’aille, j’ai toujours un bouquin sur moi. Ce qui m’intéresse aussi, ce sont manifestations littéraires, que ça soit des festivals ou des événements en librairie. Je vais beaucoup assister à des rencontres ; je n’achète pas forcément le livre sur le coup, mais j’aime rencontrer des auteurs et comprendre comment ils conçoivent leur acte d’écriture. Au niveau de mes habitudes de lecture, quand je suis à Paris, je lis dans le bus et dans le métro. Sinon, je lis dans le train, ou chez moi, en Bretagne. En tous cas, c’est vraiment quelque chose de quotidien. Ce qui est me paraît important aussi, ce sont les gens desquels je m’entoure aussi, qui m’inspirent ! Ça peut notamment être les gens que j’ai rencontré dans le cadre du bicursus en Lettres avec la Sorbonne. Ce sont des amis avec lesquels je parle de littérature : de ce fait, j’ai l’impression qu’elle est toujours présente, partout autour de moi, et c’est très agréable.

L’ARTICHAUT : Parmi les rencontres ou festivals, il y en a en particulier que tu apprécies ? Des types de rencontres qui t’intéressent plus ?

MARGAUX : Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la présence des auteurs, mais je peux aussi me déplacer pour un thème en particulier : par exemple, j’ai été assister à beaucoup de rencontres autour de la littérature russe lors de Livre Paris[33]. Et j’aime énormément le festival Etonnants-Voyageurs[34], en particulier pour son approche de la littérature-monde, de la littérature du voyage. J’y suis d’ailleurs bénévole cette année ! Autrement, j’aime beaucoup assister aux événements de la librairie Le Divan[35], parce que c’est à côté de chez moi : c’est avant tout un critère de proximité, parce que c’est facile pour moi d’y passer. Et puis il y a aussi la Maison de la Poésie[36], ils organisent des choses très inspirantes. J’y vois parfois des auteurs que je connais, ou alors j’y fais des découvertes, comme par exemple le poète suédois Tomas Tranströmer[37].

L’ARTICHAUT : Est-ce qu’il y a des endroits dans Paris où tu aimes aller lire ?

MARGAUX : J’aime bien aller au parc Georges Brassens[38], parce que ce n’est pas loin de chez moi. Ou sinon les Tuileries[39], le jardin du Luxembourg[40]… Des parcs en priorité ! Ce que j’apprécie à Paris, ce sont les chaises des jardins, c’est quand même beaucoup plus agréable que juste un banc.

L’ARTICHAUT : Avant de terminer cet entretien, je voudrais de demander s’il y a, dans ta bibliothèque, un livre particulièrement absurde ou incongru.

MARGAUX : Oh oui ! C’est celui-là, Evguénie Sokolov[41] : il est super bizarre, c’est un livre écrit par Serge Gainsbourg, et c’est l’histoire de quelqu’un qui pète tout le temps. Ça m’avait intrigué parce que le titre était russe, et je ne me souviens plus d’où il sort, donc c’est un peu comme si quelqu’un l’avait déposé là. C’est un livre très intriguant, l’éditeur indique que c’est un « conte parabolique » – « des déflagrations de gaz intestins », peut-on lire en le feuilletant ! « On découvre l’histoire d’un jeune peintre français d’origine slave, talentueux, reconnu, chef de file du mouvement de l’hyper-abstraction ; il doit son succès à ses vents : il peint en profitant des vibrations offertes par ses pets. » C’est assez incroyable, il en fait une œuvre d’art. Et du coup ce peintre met au point tout une façon de peintre avec ça ! Tout ça grâce à notre cher Gainsbourg national. Je ne pense pas pouvoir trouver plus absurde !

L’ARTICHAUT : Enfin, pour terminer : pourquoi lis-tu ?

MARGAUX : Lire, c’est une façon de se grandir, sans avoir besoin de voyager. C’est un accompagnement, une source d’idées. Je lis aussi parce qu’on m’y a initiée très tôt et que je ne m’en suis jamais défaite ! Et puis c’est la réponse à beaucoup de curiosité : si je veux savoir à quoi ressemble la Russie à une telle époque, si je veux interroger la question de la créolité, de l’identité, les livres peuvent me répondre. Ça permet de découvrir différents regards, d’apprendre beaucoup.

[1] Boualem Sansal, 2084, Editions Gallimard, 288 pages, 2015

[2] Hubert Haddad, Le peintre d’éventail, Editions Zulma, 192 pages, 2013

[3] Omar Khayam, Rubayat, traduction d’Armand Robin, Editions Gallimard, collection Poésie/Gallimard, 132 pages, 1994

[4] Amin Maalouf, Samarcande, Editions JC Lattès, 376 pages, 1988

[5] Hâfez Shirazî, L’amour, l’amant, l’aimé, traduction de Vincent-Mansour Monteil, Editions Actes Sud, collection Sindbad, 321 pages, 1998

[6] Abû-Nuwâs, Le vent, le vin, la vie, traduction de Vincent-Mansour Monteil, Editions Actes Sud, collection Sindbad, 200 pages, 1998

[7] Ma’arrî, Les Impératifs, traduction de Patrick Mégarbané et Hoa Hoï Vuong, Editions Actes Sud, collection Sindbad, 256 pages, 2009

[8] Paul Morand, L’homme pressé, Editions Gallimard, collection L’Imaginaire, 350 pages, 1941

[9] Jean d’Ormesson, Album Chateaubriand, Editions Gallimard, collection Albums de la Pléiade, 360 pages, 1988

[10] Vladimir Nabokov, Lolita, traduction d’Éric Kahane, Editions Gallimard, 504 pages, 1959

[11] Vladimir Nabokov, L’exploit, traduction de Maurice Couturier et Yvonne Couturier, Editions Gallimard, collection Folio, 304 pages, 2009

[12] Vladimir Nabokov, Lettres à Véra, traduction de Laure Troubetzkoy, Editions Fayard, 856 pages, 2017

[13] Vladimir Nabokov, L’Enchanteur, traduction de Gilles Barbedette, Editions Rivages, 135 pages, 1997

[14] Vladimir Nabokov, Chambre obscure, traduction de Doussia Ergaz, Editions Grasset, 243 pages, 2003

[15] Sylvain Tesson, Ciel mon moujik !, Editions Points, 160 pages, 2018

[16] Mikhaïl Lermontov, Un héros de notre temps, traduction de Boris de Schlœzer, Editions Gallimard, collection Folio bilingue, 464 pages, 1998

[17] Livre Paris, 1 Place de la Porte de Versailles, 75015 Paris https://www.livreparis.com/

[18] Alexandre Soljenitsyne, L’Archipel du goulag, tomes 1 et 2, traduction de Geneviève Johannet, Editions Fayard, respectivement 565 et 636 pages, 1973 et 1974

[19] Alexandre Soljenitsyne, Les Droits de l’écrivain. Suivi de : Les Discours de Stockholm, Editions Seuil, 128 pages, 1972

[20] Wladimir d’Ormesson, De Saint-Pétersbourg à Rome, Editions Plon, 345 pages, 1969

[21] Pierre Reverdy, Plupart du temps, Editions Gallimard, collection Poésie/Gallimard, 408 pages, 1945

[22] Anna Akhmatova, Requiem, Editions de Minuit, traduction de Paul Valet, 45 pages, 1966

[23] Aimé Césaire, Ferrements et autres poèmes, Editions Points, 224 pages, 2008

[24] Hubert Haddad, Le peintre d’éventail, Editions Zulma, 192 pages, 2013

[25] Livre Paris, 1 Place de la Porte de Versailles, 75015 Paris https://www.livreparis.com/

[26] Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, traduction de Françoise Flamant, Editions Gallimard, collection Folio, 734 pages, 2011

[27] Patrick Chamoiseau, Solibo Magnifique, Editions Gallimard, collection Folio, 256 pages, 1991

[28] Patrick Chamoiseau, Texaco, Editions Gallimard, 444 pages, 1992

[29] J.D. Salinger, L’attrape-cœurs, traduction d’Annie Saumont, Editions Pocket, 252 pages, 2002

[30] Revue XXI http://www.revue21.fr/

[31] Revue America http://america-mag.com/

[32] Magazine Lire https://www.facebook.com/Lire.Magazine/

[33] Livre Paris, 1 Place de la Porte de Versailles, 75015 Paris https://www.livreparis.com/

[34] Etonnants-Voyageurs, Saint-Malo, http://www.etonnants-voyageurs.com/

[35] Librairie Le Divan, 203 Rue de la Convention, 75015 Paris http://www.librairie-ledivan.com/

[36] Maison de la Poésie, 157 Rue Saint-Martin, 75003 Paris https://www.maisondelapoesieparis.com/

[37] Tomas Tranströmer, Baltiques, traduction de Jacques Outin, Editions Gallimard, collection Poésie/Gallimard, 384 pages, 2004

[38] Parc Georges Brassens, 2 Place Jacques Marette, 75015 Paris

[39] Jardin des Tuileries, 113 Rue de Rivoli, 75001 Paris

[40] Jardin du Luxembourg, 75006 Paris

[41] Serge Gainsbourg, Evguénie Sokolov, Editions Gallimard, 96 pages, 1980

 

Valentine Richet

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