Après la répétition, Tg STAN fait feu de tout bois

Pour clore le triptyque de spectacles présentés par Tg STAN cette année au Théâtre de la Bastille et au Festival, on retrouve Après la répétition, spectacle dans lequel se côtoient Frank Vercruyssen ainsi qu’une autre comédienne tout droit venue de la Comédie-Française, Georgia Scalliet. Dans une proposition toute en sobriété, les deux artistes subliment l’art théâtral le temps d’une heure et demie, presque suspendue, dans laquelle se bousculent questionnements sur l’amour, le pouvoir, la vie, le travail, la représentation…

Crédits photo: Dylan Piaser

Inspiré du film de Bergman, Après la répétition est une partition à quatre mains interprétée par Henrik, metteur en scène, et la comédienne Anna, qui joue dans l’un de ses spectacles, Le Songe de Strindberg. Cette pièce, il la connaît bien, puisqu’il l’a déjà montée avec la mère d’Anna, Raquel, dont il fut par ailleurs l’amant mais qu’il avait fini par éconduire. Vingt ans plus tard, Henrik tombe amoureux de la comédienne qui joue dans son spectacle, encore une fois, et, après une répétition, ils restent tous les deux à discuter de la vie, de ce qu’elle a été et de ce qu’elle pourrait être. S’ouvrent des interrogations sur les relations de pouvoir, les relations amoureuses, les représentations que nous subissons ou créons, le travail créatif, et bien d’autres choses.

On pourrait penser que les spectacles de Tg STAN sont essentiellement un art du rien tant le miracle théâtral éclot dans un écrin d’une sobriété quasi-virginale. Mais l’on pourrait surtout dire qu’en fait de jouer du rien, Frank Vercruyssen et Georgia Scalliet font feu de tout bois. Il est Vogler sans vraiment l’être, tout en ambiguïté et en détachement comme toujours. Elle est Anna, puis après une prodigieuse métamorphose, elle devient Raquel. Il ne lui aura fallu qu’un imper et un peu d’eau, le corps, la voix et la présence font le reste. Après la répétition est une proposition d’une telle immédiateté, d’un tel dénuement, complètement dépouillée de tout artifices là où elle met justement en valeur les artifices du corps, de la parole et de la pensée, que les interrogations de la comédienne et de son partenaire s’offre à nous dans une clarté rare. Et il faut pour cela une virtuosité généreuse que l’on retrouve avec bonheur chez eux. Un bel instant de théâtre.

Bertrand Brie

Après la répétition est au Théâtre de la Bastille avec le Festival d’Automne à Paris jusqu’au 14 novembre

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