« Y a-t-il un médecin dans la salle ? » – L’affaire Médiator racontée au théâtre

© photo de répétitions du spectacle Mon coeur de Pauline Bureau crédit Pierre Grosbois.

Mon Coeur retrace un des plus gros scandales sanitaires français, celui du Médiator, à travers la vie d’une femme, Claire Tabard, inspirée des histoires bouleversantes des victimes du médicament. C’est l’histoire du long combat (le procès du Médiator aura lieu en 2018) de ces femmes et de ces hommes, de leurs familles et de l’incroyable Irène Frachon (la pneumologue qui a révélé toute l’affaire) qui, chacun, tentent encore de déjouer l’absurdité d’un système où l’argent revêt souvent plus de valeur que la vie d’un patient.

Le théâtre n’est beau à mes yeux que lorsqu’il s’engage, fut-ce pour la plus petite des causes. Mon Coeur, le nouveau spectacle de Pauline Bureau au théâtre des Bouffes du Nord dénonce tout le diktat d’une société moderne malade de minceur qui va conduire à la vraie maladie, l’incurable, celle qui touche au coeur. Mon Coeur fait mal au coeur justement parce qu’il parle de nos phobies de mort, d’erreur, d’empoisonnement. C’est l’histoire revisitée, sans glamour ni princesses, de Blanche neige. Sauf que là c’était des femmes (quelques hommes aussi) qui se pensaient trop grosses, trop moches, alors on leur a fait avaler cette mauvaise pilule pour maigrir : le Médiator, enrobé dans des prescriptions médicales rassurantes.

On suit la vie de Claire (Marie Nicolle), on la comprend et on l’aime vite, on voit une maman qui se bat pour tenir, qui défaille. Elle devient vite l’allégorie de toutes les victimes du Médiator par la redoutable simplicité de son quotidien en chute libre : elle perd son mec, perd son corps, perd ses amis. Et oui, la vie peut devenir aussi rapidement que cela une descente aux enfers. S’il n’y avait pas eu ce petit garçon qui joue avec sa marionnette Monsieur Loup, et cette soeur pétillante de rondeur et de joie, Claire ne serait sûrement plus là.

© photo de répétitions du spectacle Mon coeur de Pauline Bureau crédit Pierre Grosbois.

© photo de répétitions du spectacle Mon coeur de Pauline Bureau crédit Pierre Grosbois.

Mais elles sont presque toutes mamans, les victimes du Mediator, des mamans souvent issues de milieux modestes, alors on les oublie, tandis qu’elles, se battent et luttent pour leur survie. La médecin s’interroge, d’ailleurs, devant l’assemblée froide et robotique de l’AFPA, et si c’était nos “élites” qui mourraient à la place ? Le processus d’enquête serait-il aussi lent et semé d’embuches ? Évidemment non. On en pleurerait de rage, surtout devant l’inhumanité déployée pour décrédibiliser la parole de Irène Frachon (remarquablement interprétée par Catherine Vinatier), et puis celle de Claire, au moment du procès.

Pauline Bureau tire de cette affaire Médiator une mise en scène à la fois poétique et crue. L’allégorie de Monsieur loup, l’opération à coeur ouvert (à l’origine de plusieurs malaises dans la salle), l’utilisation d’ombres chinoises, le Somnambule sur son fil sont autant de trouvailles magnifiques, se passant de mots quand ceux-ci se font rares. Même si certaines scènes de vie frisent parfois le cliché, ces maladresses contrebalancent avec l’ultra réalisme angoissant de la maladie.

Le spectacle demeure à mon goût un peu lent et long, mais n’est-ce pas l’épreuve du temps le plus dur et, malgré tout, l’unique réparateur dans une maladie ? On sort de la pièce sonné, comme on sortirait d’une grande convalescence, avec la conviction que ce qui s’est passé sur ce plateau n’était pas parfait parce la vie ne l’est pas non plus.

Nina

 

La pièce Mon Coeur de Pauline Bureau était jouée au Théâtre des Bouffes du Nord du 16 mars au 1er avril 2017. Le spectacle est en tournée à Herblay et Brest jusqu’au 17 mai. 

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