White Bird – Gregg Araki

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White Bird, de Gregg Araki
Tout le monde veut devenir un Kat (?)
2 / 5 artichauts

Kat est la fille d’une mère qui rêvait d’avoir un chat. Une banlieue pavillonnaire américaine voit Eve Connors, femme au foyer, disparaître subitement alors que sa fille Kat a 17 ans. Son mari sombre dans un silence inquiet et préoccupé. Kat méprise sa chiffe-molle de père et s’agace de la folie de sa mère névrosée et nostalgique de l’âge d’or de sa beauté. La vie sexuelle de Kat s’est emballée grâce à un voisin, pour qui le qualificatif de « futé » serait abusif. Même s’il est un peu con, il l’aide à surmonter la disparition. Kat apprend à vivre sans sa mère, entre soulagement, angoisses refoulées et questions sans réponses.

Dans ce film adapté du livre de Laura Kasischke, l’esthétisme de certains plans est indiscutable. La piscine est le seul obstacle entre la nostalgie en robe verte émeraude et la force de l’âge en caleçon. Les « moments oniriques », une fois de plus très fréquents, semblent obséder Gregg Ariki. Il les soigne mais ne parvient pas vraiment à les rattacher au récit.

Le réalisateur ne parvient pas à donner d‘épaisseur à ses personnages. Shailene Woodley, l’étoile bankable du moment, est loin d’éblouir le film d’un jeu convaincant et original. Le sourire diabolique et le regard envoûtant d’Eva Green ne suffisent pas à dissimuler les interprétations douteuses des personnages secondaires. Les scènes avec une psychologue froide (même si on tente de nous faire croire à du second degré) ou celles où Kat retrouve ses amis sont totalement surjouées. Depeche Mode n’y change rien. A tel point qu’on se frotte les yeux pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un épisode de Hannah Montana (KD2A, que voulez-vous…). Outre Eva à la beauté vénéneuse, Christopher Meloni, dans le rôle du père moustachu, est le seul à réellement incarner son personnage.

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Gregg Araki signe un long-métrage plus sage et mature que son Kaboom, condensé quasi-psychédélique de sexe initiatique et de menace apocalyptique. Le film cherche à apparaître à la fois comme une chronique familiale mais aussi comme une critique de la société américaine en utilisant le polar. C’était sans doute trop ambitieux pour lui.

Certains flash-backs relativement mal amenés laissent un goût prononcé de non-aboutissement. Le plus regrettable est le manque total de subtilité lorsque Gregg Araki tente de mettre en scène les non-dits pervers de la famille. Sa relation mère-fille qui se voulait profonde méritait pourtant largement d’être creusée. Seules quelques rares scènes mettent intelligemment en scène l’animosité muette et la rivalité physique entre elles.

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Dans la série «c’est dommage qu’il n’ait pas plus creusé… », il convient de mentionner la perception et le rapport qu’entretiennent les adolescents (qui deviennent ensuite étudiants et jeunes adultes) avec le lieu dans lequel ils ont grandi. La vision critique de la banlieue pavillonnaire en serait sortie renforcée.

Gregg Araki s’attaque à l’American Dream à coups de tractopelle, là où d’autres l’ont fait avec talent. Gregg Araki commet une très pâle réplique de l’immensément riche American Beauty de Sam Mendes. Le génie, la finesse et l’interprétation en moins. Un film qui se veut provocateur et alerte mais qui finalement, est un coup d’épée dans l’eau.

Fade.

Augustin Hubert

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