Warhol UNLIMITED

Andy Warhol (1928-1987), Self-Portrait, 1966, peinture acrylique et encre sérigraphique sur 9 toiles de 57,2 x 57,2 cm, dimension totale : 171,7 x 171,7 cm , New York, Museum of Modern Art (MoMA), Gift of Philip Johnson. Acc. n.: 513.1998.a-i. © 2015. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2015

Andy Warhol est sans doute l’artiste le plus connu de la deuxième moitié du XXe siècle. Principal contributeur avec Roy Lichtenstein au mouvement pop art, il transmet dans ses œuvres l’atmosphère si particulière des Sixties, mêlant la société de consommation industrielle aux revendications sociales de l’époque. Andy Warhol s’impose comme l’artiste de la démesure. Chacune de ses œuvres a pour but de marquer les esprits et correspond à une volonté de transgresser les limites de l’art afin de briser les codes d’une société peinant à voir ses mœurs évoluer. En changeant le rapport du spectateur à l’art, il souhaite changer son rapport à la société et à lui-même.

Le titre de l’exposition Warhol Unlimited prend alors tout son sens puisque celle-ci prend le parti de représenter l’intégralité de la vaste carrière de l’artiste, faisant fi de toutes contraintes imposées à ses œuvres. En effet l’exposition nous rend compte d’un flot continu d’œuvres de différents formats et de périodes allant de ses sérigraphies les plus célèbres (Les Maos,  Campbell’s Soup Cans) à des œuvres méconnues et surprenantes que l’on prend plaisir à découvrir. La manière souvent controversée avec laquelle l’artiste mettait en scène son propre travail est au centre de toutes les interrogations qui légitiment cette exposition. On y retrouve le souci constant de l’artiste d’investir l’espace et le temps pour en remodeler notre perception.

 

Andy Warhol (1928-1987), Mao, 1973 Peinture acrylique et encre sérigraphique sur toile 127 x 107 cm, Fondation Carmignac © Courtesy Fondation Carmignac – Photo Thomas Hennocque © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2015

 

Celui-ci trouve son apogée dans la présentation des Shadows (1978-79),une première en Europe, qui pousse à l’extrême le principe de la sérigraphie. Ce procédé d’imprimerie, qui a fait la réputation  de l’artiste, consiste en la répétition, avec l’aide d’un pochoir, d’un même motif sur différentes surfaces. Dans Shadows, le motif abstrait, une ombre, « sérigraphié » 102 fois sur des toiles de seulement 8 couleurs différentes brouille les repères du visiteur qui doit appréhender l’œuvre dans l’espace sans pouvoir en saisir le commencement ni la fin. Plus qu’une œuvre picturale Shadows doit prendre  une dimension cinétique par son aspect pelliculaire mais architecturale et monumentale en raison de la démesure et de la spiritualité  souhaitées par l’artiste. J’ai pour ma part était assez insensible voire dubitatif face à cet œuvre qui se distingue plus, selon moi, par la démarche quasi-philosphique de l’artiste que par sa réelle qualité artistique.

 

12. Andy Warhol (1928-1987), Shadows, 1978-79. Installation view, Dia:Beacon, Beacon, New York – Photo: Bill Jacobson Studio, New York © Courtesy Dia Art Foundation, New York © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2015

 

Afin de nous mener à ce « point d’orgue » l’exposition nous offre un cheminement à travers les différentes phases de la vie artistique de Warhol, sans souci particulier de hiérarchie ou de  chronologie. On y retrouve pêle-mêle des œuvres picturales -souvent sérigraphiés- comme les  Electric Chairs (1964- 1971), les Jackies (1964), les Flowers (1964-1965), ou encore les Maos (1972-1973), mais aussi des œuvres photographiques ou cinétiques : Screen Tests (1964-1966), Empire (1964) voire architecturales à l’instar de l’Exploding Plastic Inevitable qui reprend l’environnement spectaculaire d’un concert des Velvet Underground dont Warhol était l’agent.

Andy Warhol (1928-1987), Big Electric Chair, 1967, Peinture acrylique et encre sérigraphique sur toile, 137,2 x 185,7 cm © The Menil Collection, Houston, Gift of the artist – Photo : Hickey-Robertson, Houston © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2015

Chaque salle a pour but de nous faire rentrer dans une atmosphère à chaque fois nouvelle mais toujours étonnante qui nous renvoie à sa façon à l’ambiance « Pop art » des années 70s.  Le visiteur est même amené à traverser ces morceaux d’atmosphères lorsque Warhol donne à ses œuvres une dimension spatiale. La salle des Silver Clouds, que j’ai particulièrement apprécié, en est une bonne illustration et  s’inscrit directement dans les lignées directement dans l’esprit architectural des années soixante qui favorise les espaces modulables et jetables.  Dans cette salle le visiteur s’intègre son environnement, ici constitués de ballons argentés -couleur caractéristique du psychédélisme industriel et urbain de l’époque- gonflés à l’hélium qui se déplacent dans les airs grâce à un habile système de ventilation. Plus le temps passe, plus on est tenté de jouer avec ces ballons, participant par ce retour en enfance à l’œuvre-même.

. Andy Warhol (1928-1987), Sous Silver Cloud, lors de son exposition à la Ferus Gallery, Los Angeles, 1965 © Steve Schapiro/Corbis © The Andy Warhol Foundation

Les +++ : une grande diversité d’œuvres qui rend compte de l’ensemble de la carrière de Warhol et de ses multiples facettes, la variété des formats qui surprend

Les — : une exposition assez courte (1h environ), et l’intérêt limité des Shadows.

 Note de l’exposition: 4/5 Artichauts

 

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
11 Avenue du Président Wilson
75116 Paris
Tel. 01 53 67 40 00
www.mam.paris.fr

Plein tarif : 12 €/ Tarif réduit : 9 € (+5euros pour audioguide)

Thibault Carcano

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