Wade in the water, chant sans écho

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Pendant deux semaines, le Centquatre a accueilli les pionniers de la magie nouvelle pour leur nouveau spectacle, Wade in the water. Dans une œuvre qui se veut à la fois politique et profondément personnelle, la compagnie 14 :20 mêle un discours sur la maladie et sur l’esclavage. L’idée est troublante et achève de décevoir avec la diffusion d’une vidéo de Malcolm X sans fond ni contexte aucun vis-à-vis du spectacle. En ce qui concerne la dramaturgie purement circassienne, elle est exécutée avec une belle intelligence scénique, une beauté formelle altérée par quelques longueurs, mai qui n’en fait pas un moins une œuvre intéressante.

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Le spectacle commence par le célèbre « I have a dream » de Martin Luther King diffusé en vidéo, puis déroule l’histoire d’un homme qui apprend qu’il est malade. Progressivement, le spectacle prend des allures de récit d’une dépression, de l’angoisse de la mort, sur les mélodies entêtantes d’Ibrahim Maalouf et de musique gospel. Le célèbre spiritual « Wade in the Water » chant de révolte des afro-américains apparu au début du XXème siècle résonne comme un leitmotiv durant le spectacle, donnant à l’œuvre une sorte de mélancolie puissante dans laquelle on décèle un espoir ou au contraire l’énergie du désespoir de cet homme qui sombre progressivement, comme flottant dans un néant sans contrôle aucun sur ses faits et gestes.

Si la compagnie 14 :20 parvient à nous embarquer dans leur univers durant ce Wade in the water, le spectacle souffre indéniablement de quelques longueurs mais surtout de ses incohérences dramaturgiques. A deux reprises sont diffusées en fond de scène des vidéos de grandes figures du mouvement des droits civiques – MLK et Malcolm X – sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Il semble y avoir ici la volonté de teinter cet univers, cette histoire, si profondément personnel, d’un propos politique dont on peine à voir l’intérêt, la cohérence quelconque, avec ce qui se passe véritablement sur scène ; avec, en somme, le reste de la dramaturgie articulée au devant du spectateur. L’idée interroge sans vraiment trouver de consistance, et perturbe plus l’œuvre qu’elle ne la renforce.

Bertrand Brie

Crédits photo: Christophe Raynaud de Lage

 

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