Vladimir Vladimirovitch, Bernard Chambaz

©Flammarion
  • Points positifs : l’ouvrage part d’une idée originale en prenant pour héros un homonyme né le même jour que Vladimir Poutine. Par ce subterfuge, le roman propose de découvrir de l’intérieur les rouages du système gouvernementale russe et la personnalité du président.
  • Points négatifs : une écriture tout en sous-entendus qui peuvent lasser un lecteur non adepte du second degré

Pour les retardataires et aux dénonciateurs de système en tout genre.

Tout commence par un cauchemar. Ce cauchemar c’est celui de Vladimir Vladimirovitch Poutine, qui partage, par coïncidence, la même date de naissance et le même nom que le président russe actuel.

Dans ce cauchemar, notre héros est « en nage« , « il court le long de la rivière pour échapper à la meute des chiens qui le poursuivent« . Il fuit par instinct, sans savoir pourquoi ; « Il est navré mais l’âme humaine a tant de ressort que, même dans le désespoir, elle refuse de se laisser dévorer. »  Pourtant l’époque a changé, on n’enferme plus les gens dans les fosses communes, se dit-il. « Aujourd’hui il ne devrait pas y avoir matière à s’inquiéter outrageusement. » Vladimir finit par trouver un refuge, »la cabane là où la rivière fait un coude« . Néanmoins, « la cabane – ou le coude de la rivière- ne cesse de reculer et la meute ne désarme pas« .

Vladimir est un ancien dissident, partagé entre deux émotions contradictoires. D’un côté, il ressent une admiration platonique pour son homonyme. De l’autre, il se méfie instinctivement d’un nouveau système qui se veut radicalement différent de celui du communisme et dont il ne connait pas encore les rouages. Vladimir est un Candide des temps modernes: sa fascination naïve pour le président aiguise sa curiosité et il écrit, jour après jour, dans un carnet, ses impressions sur les événements et surtout sur son homonyme. Son passé de dissident le rend lucide sur certains éléments du système mais l’aveuglement le fait errer dans les limbes brumeuses d’une nouvelle idéologie qui repose sur les mêmes bases que la précédente.

Le peuple russe a connu « l’euphorie du second souffle » qu’était la promesse de Poutine de redresser la Russie. Mais si ce dernier a effectivement redressé économiquement le pays par l’ exploitation des richesses et la maîtrise de l’importation et de l’exportation, il n’a, en revanche, pas fait évoluer son pays vers la démocratie. Le système russe actuel est toujours basé sur la corruption, l’oligarchie et la manipulation du peuple par des symboles et le recours à l’alcool. Subjugué par Poutine et par tous les stratagème mis en place, notre héros lui-même, malgré sa capacité de clairvoyance, tombe sans cesse dans les mêmes pièges, en particulier celui de l’alcool. Cependant, il écrit petit à petit ses constatations sur le président et réalise graduellement toutes les logiques qui sous-tendent le système. La prise de conscience progressive du personnage principal finit par l’amener à comprendre tous les rouages du système tout en gardant une obsession pour celui qu’il finit par appeler Volodka.

Bernard Chambaz

Credits to: Parfums de livres

A travers le thème du système russe, Bernard Chambaz aborde en filigrane le phénomène de la fascination et l’emprise idéologique. En s’appuyant sur des souvenirs symboliques comme l’ancien succès de l’équipe de hockey, Poutine fait miroiter aux yeux des Russes un avenir plein de promesses, ne le rendant qu’encore plus attrayant. Vladimir se sent ainsi connecté à son double et partage les émotions de ce dernier tout au fil du roman. Mais au fur et à mesure,cette symbiose laisse place à une progressive distanciation avec son objet de fascination.Vient alors la désillusion d’un personnage désoeuvré: « Je me retrouvais soudain hors de moi-même, hors du morceau d’espace qui m’avait été attribué« . Bernard Chambaz démontre avec brio la nécessité pour un homme d’être sous la domination de quelqu’un pour se sentir protégé. L’être humain a ainsi besoin d’investir de l’espoir en quelqu’un pour survivre, pour combler un manque intrinsèque, pour échapper à une solitude qui effraie chacun d’entre nous.

Alors il évoque une solution universelle, « cette formidable mémoire démontrée par les femmes russes capables d’apprendre des pages et des pages de témoignages ou de poésie pour conserver une trace du réel et des disparus ». C’est une ode à la littérature, le refuge dans lequel le lecteur investit l’auteur dans la création d’un monde sensiblement différent de celui dans lequel nous vivons.

Marie Tréhard

Vladimir Vladimirovitch, Bernard Chambaz, paru le 19 août 2015, Flammarion, 380 pages

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