La logorrhée poétique de Novarina

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Habitué du Festival d’Avignon, Valère Novarina y signe sa quatorzième mise en scène avec Le Vivier des noms, au Cloître des Carmes. Dans le cadre idyllique de l’un des lieux historiques du festival, à la nuit tombée, s’engage la profération furieuse des comédiens qui invoquent ces 2597 personnages grouillant à la surface de la langue novarinienne.

Avis: 4 sur 5

Alors que la langue de L’Historienne déroule une litanie des noms, ces présences surgissent au plateau dans un va-et-vient arbitraire d’où émerge le sens. Difficile de vraiment parler de ce Vivier des noms sans rendre la matière vive, qui fait le ciment du spectacle, complètement inerte. On assiste à une sorte d’explosion perpétuelle créée par le langage, dans laquelle s’engouffre tous ces personnages animés par le désir de prendre la parole. Une parole ardente qui tient de la profération et emmène le spectateur dans l’univers foisonnant de Valère Novarina, comme un voyage à la rencontre des mots, à la rencontre de ces noms qui balancent des « anthropoglypes » comme il le dit lui-même; tout cela dans une rigueur mathématique mystérieuse et passionnante.

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Cette matière vive s’adosse à la scénographie du spectacle, entièrement composée des dessins de Novarina posés à terre, où l’encre rouge et noire se mêlent pour allier la profusion des mots à la profusion des choses. Si cette atmosphère mystérieuse règne sur le plateau, l’artiste joue également avec le rire, mettant dans ces interventions inattendues un humour parfois pince-sans-rire auquel il ne s’attend pas toujours lui-même. Ces mots, au contact du public s’animent et provoquent des réactions variées, où chacun prend ce qu’il voit.

Ces talentueux comédiens nous confrontent donc à la vivacité de leur langage, entre mystère – au sens premier du terme, quasi-biblique – et émotions foisonnantes. Sans oublier les Ouvriers du Drame dont le silence s’oppose à la logorrhée de l’Historienne, et qui sont peut-être ceux qui tirent les ficelles de ce Vivier des noms alors même qu’ils ne prononcent que quelques paroles. Le seul bémol à apporter à la fin de cet article  -qui, je l’espère, saura retranscrire le sentiment qui m’a agité durant la spectacle- serait la longueur. Ces deux heures et demie sont parfois éprouvantes pour le spectateur; cela dit, cet aspect tout à fait secondaire ne saurait occulter la beauté du bel ouvrage de l’artisan des mots Novarina.

Bertrand Brie

Du 5 au 12 juillet au Cloître des Carmes – Festival d’Avignon

 

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