Visite Street Art – Vitry-sur-Seine

Direction : Vitry-sur-Seine. À dix petites minutes à pied de la gare, la galerie municipale a décidé de mettre à l’honneur le Street-Art. Et elle le lui doit bien. Même les moins observateurs d’entre vous ne sauraient manquer les innombrables tags, graffs, œuvres multicolores qui habillent les murs et s’imposent au regard, et ce dès la sortie du RER. Les artistes de rue ont fait de la ville leur terrain de jeu, contribuant à l’embellissement de ses avenues et nombreuses barres d’immeubles. Face à l’épuisement des stocks de bombes aérosols dans les boutiques de la ville, Catherine Viollet et Hervé-Armand Béchy se sont attelés à la mise en perspective des pratiques d’aujourd’hui au regard de celles d’hier. Résultat : deux guides, une exposition et une visite guidée dans les rues de la ville, le tout organisé par votre PAP préféré.

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La visite commence au sein de la galerie municipale. À même les murs, sans cadres, sans vitres protectrices, est présentée une vingtaine de clichés pris par Hervé-Armand Béchy lui même, lors d’un road-trip à la poursuite des gigantesques fresques qu’il avait pu découvrir à New York, en pleines seventies. Des murs de Los Angeles à ceux Chicago nous découvrons ainsi un mouvement profondément engagé dans les causes sociales de l’époque, porté par de véritables artistes peintres. À chaque ville sa communauté, ses causes à défendre et son style de pictural. Le muralisme des villes du Sud est ainsi empreint de la symbolique chicanos, tandis que celui de Los Angeles fleure bon l’industrie hollywoodienne. Mais qu’importe l’endroit, les collectifs d’artistes à l’initiative des fresques aspiraient tous au même effet : promouvoir un art public, inspiré des causes populaires et adressé à ces mêmes populations. Un art ouvert à tous donc, véritable bien collectif en opposition à l’art dominant, enfermé et élitiste. Chose surprenante cependant, la plupart des fresques de l’époque était réalisée en réponse à des commandes d’agents privés ou publics. Le muralisme, ancêtre direct du street-art tel que nous le connaissons aujourd’hui, était donc bien plus accepté par l’opinion d’alors.

« Bon, c’est bien sympa d’être ici avec vous, entre ces quatre murs, mais il fait drôlement beau dehors, et si on allait faire un tour ? »

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La visite se poursuit donc hors des murs de la galerie, en direction desmurs de la ville. Vitry, c’est en effet plus de 130 œuvres dans les rues, soit la 3e ville de France sur ce point. Ceci est tout d’abord du à une véritable volonté municipale : lors de la construction d’un bâtiment, en effet, 1% du budget est alloué à l’installation d’une œuvre. Cen’est donc pas un hasard si les artistes de rue sont si nombreux à Vitry : ils ont trouvé ici une véritable terre sainte, tolérante vis-à-vis de leur mode d’expression. Notre guide nous entraine dans une véritable chasse aux trésors et ne tarie pas d’explications. On découvre, exemples à l’appui, la distinction entre le graff, le tag et le street art, les trois fréros de la grande famille Graffiti, avec chacun leur degré de maturité, de perfectionnement. On arpente toutes les rues, tous les lieux, s’enfonçant jusque dans les petits squares entourés d’immeubles pour observer une fresque des années 80, pendant que ça deale dans les voitures autour de nous. Nous est présenté ainsi l’ensemble des artistes de la ville, des petits derniers comme Honde et Wara, qui collent leurs blazes au feutre et à la bombe un peu partout, au grand C215 à qui tout le monde prête allégeance, tant il domine la ville. Les œuvres de ce dernier sont observables partout : gigantesques personnages au pochoir sur les murs, minuscules papillons et visages sur les armoires électriques et aux portes des boîtes aux lettres (quand celles ci ne sont pas arrachées pour être vendues au prix fort sur internet). Le street art chez C215, c’est aussi une affaire de famille. Les œuvres d’Alice, son ancienne compagne et de Nina, sa fille, qui taguait déjà en couche-culotte, prennent place juste à côté des siennes.

 

Vitry est une ville aux murs vivants. Et même si c’est un peu loin, si prendre le RER C c’est un peu chiant, ses murs valent le coup d’œil. Partout où les yeux se posent, il y a un petit clin d’œil artistique, un sticker, un coup de fusain, un hommage à la bombe. Les styles sont divers et variés, les motivations plus ou moins engagées. Le graffiti actuel semble ainsi perpétuer dignement ce qui avait été initié par le muralisme des Etats-Unis des années 70 : à Vitry et ailleurs, l’art de rue prolifère librement, pour le plus grand plaisir des passants. Enfin, c’est une question de point de vue !

Aude Juglard

Crédits photos Laure Gutierrez

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