Viens voir la vie en couleur avec Sonia Delaunay au MAM

Rythme couleur

« Tout est sentiment, tout est vrai. La couleur me donne la joie » [1]

Du 17 octobre 2014 au 22 février 2015, le Musée d’Art Moderne de la ville de Paris nous fait découvrir l’univers de Sonia Delaunay, trop souvent apprécié au regard de l’oeuvre de son mari, le peintre Robert Delaunay. Or ici, il n’est question que de la richesse du travail de Sonia, qui se suffit largement à lui-même, et le MAM te le montre en sortant le grand jeu. T’attendent trois reconstitutions exceptionnelles d’environnements au milieu de plus de 400 oeuvres qui illustrent à la perfection la diversité du projet esthétique de l’artiste.

Les +:

  • La découverte d’un univers à part entière à travers peintures, publicités, vêtements, photographies, documentaires-vidéos et meubles (et oui !)
  • Une plongée dans le monde artistique du XXe siècle (littérature, mode, théâtre, architecture) dans lequel Delaunay était pleinement intégrée.
  • Une oeuvre plastique riche en couleur et qui te fait voir la vie en couleur.

Les -:

  • Une dernière partie sur l’abstraction où l’on se sent quelque peu perdu et désarmé.
  • Une volonté d’exhaustivité pas toujours pertinente.

 Note: 4 artichauts (/5)

Sonia Delaunay Nu Jaune, 1908 Musée des Beaux-arts de Nantes © Pracusa 2013057

Sonia Delaunay
Nu Jaune, 1908 Musée des Beaux-arts de Nantes
© Pracusa 2013057

L’oeuvre de Sonia Delaunay épouse sensiblement l’époque à laquelle elle a été créée tout en gardant une certaine forme d’unité et de cohérence, et c’est tout le paradoxe de cette artiste.

Née en 1885, elle reçoit une éducation russe: fondatrice de son identité, cette influence n’aura de cesse de marquer son travail d’une empreinte unique. Elle étudie ensuite la peinture en Allemagne et se forme ainsi à l’académisme germanique que l’on retrouve dans ses premiers croquis.

Dès son arrivée à Paris en 1906, on découvre son intérêt pour la recherche sur les couleurs. Dans un premier temps inspirée du fauvisme, elle se dirige ensuite vers l’abstraction. La couleur devient fondamentale et constructive du tableau tandis que les perspectives et autres constructions classiques sont reléguées comme secondaires.

Sonia, éminemment ancrée dans son siècle, explore alors cette nouvelle esthétique et l’applique à différents supports, marqueurs du nouvel environnement de l’homme moderne. Elle se lance dans des projets publicitaires, va même jusqu’à réaliser trois panneaux pour le Palais de l’Air dédiés à la nouvelle mécanique aéronautique, synthèse de son art et de son attrait pour la modernité.

On découvre au fur et à mesure son univers construit autour du jeu dynamique des couleurs, que ce soit dans sa série d’autoportraits où son portrait s’évanouit au profit du disque chromatique ou dans ses représentations de danse espagnole où la distribution des couleurs accentue l’impression de mouvement. Elle confiera d’ailleurs en 1972:

« Je veux réaliser le tableau fini, le tableau qui ne soit pas morcelé, le tableau complet () On ne verra pas comment les couleurs sont mises () elles y seront avec les principes de toujours, mais on ne verra pas comment elles passent lune dans lautre. » [2]

 Mais Sonia ne se résume pas, surtout pas, à ses peintures et c’est bien tout l’intérêt de cette exposition. Pont entre arts plastiques et arts appliqués du XXe siècle, sa mobilité du regard lui permet de passer d’une technique à l’autre en sublimant son univers si extraordinaire. Elle s’exprime et s’affirme dans la mode, marquant durablement le Paris des années folles mais surtout le milieu avant-gardiste. Poètes, écrivains, artistes étrangers (Tzara entre autre pour lequel elle concevra deux costumes de théâtre) ou encore avant-garde portugaise se pressent chez les Delaunay dans un décor à l’image de leurs créations.

Manteau pour Gloria Swanson, c. 1924, Broderie de laine Collection particulière © Pracusa 2013057

Manteau pour Gloria Swanson, c. 1924,
Broderie de laine
Collection particulière
© Pracusa 2013057

Les dernières salles consacrent le renouveau de son oeuvre, entamé à la mort de son mari. Sa palette se simplifie, ses formes géométriques évoluent, poursuivant ainsi ses recherches esthétiques tout en s’abstrayant du réel.

Grande dame, mais trop souvent appréhendée comme « la veuve du plus grand artiste français », Sonia, un des esprits les plus libres de l’art moderne, n’aura de cesse d’innover, de se réinventer et de transcender la modernité tout en préservant sa « patte » si remarquable.

Louise Doublet

[1] Sonia Delaunay, entretien avec Jacques Damase et extrait du documentaire de Patrick Raynaud, « Prises de vue pour une monographie», 1972

[2] Sonia Delaunay à Pierre Dumayet

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