Vie sauvage – Cédric Kahn – Une enfance clandestine

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Vie Sauvage de Cédric Kahn
Enfance clandestine
3 / 5 Artichauts

Après Une Vie meilleure, Cédric Kahn choisit de mettre en scène un nouveau drame familial, inspirée par l’histoire de Xavier Fortin et de sa famille. Nora décide de partir et d’emmener ses enfants loin de la vie marginale et isolée qu’elle menait avec Paco, dans une caravane, à l’écart des « beaufs ». Quelques temps après, alors que Nora avait obtenu la garde, Paco s’enfuit avec ses deux fils. Leur cavale ressemble à une vie sauvage, initiatique, loin de la société de consommation et des week-ends alternés.

Cédric Kahn filme un idéal bousculé et confronté à la réalité des normes sociales. Peut-on vivre éternellement en marge sans incidences ? Ce père, qui cherche à transmettre ses valeurs à ses enfants dans le calme et la pureté des Cévennes, se bat dans la clandestinité pour éduquer ses enfants conformément à sa vie de bohême, de travail, d’ascétisme, de pureté, de nature et de bonheur. Un bonheur qu’il tente parfois de leur imposer, en feignant de leur laisser la liberté de choisir. Il leur offre une vie en partie tourmentée où le mensonge est une carte d’identité. Le commissaire de police s’emporte et fait d’ailleurs remarquer aux deux garçons qu’ils n’appartiennent pas à la « civilisation ».

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Cédric Kahn transforme petit à petit son film en chronique familiale, où le temps de la décision et de la passivité s’entrechoquent. Les enfants ne sont plus les mêmes selon qu’ils ont sept ou dix-sept ans. On les devine en train de grandir ; on assiste à leur affirmation et à leurs doutes qui resurgissent. Cédric Kahn joue avec réussite la carte de l’adolescence.

Le réalisateur fait évoluer la perception que les enfants ont de leur père. Après avoir été celui qui protège ses enfants de la pluie, il devient ce père borné qui ne les comprend plus. La barbe de Mathieu Kassovitz, qui interprète le père, s’assombrit pour devenir le dernier refuge de ses illusions. Il finit seul, sans personne pour lui tenir l’échelle de laquelle il tombe. En vérité, la loyauté et l’amour de ses fils n’est jamais loin. Selon Cédric Kahn, il existerait plusieurs façons d’aimer ses enfants.

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L’absence douloureuse mais muette de leur mère – Céline Sallette, bouleversée – est vécue silencieusement, mais demeure omniprésente. L’éloignement forcé fait des ravages pour tout le monde. A force de vivre en marge de leur mère, et en marge de tout, les deux adolescents explosent et refusent la vie sauvage que leur offre leur père. C’est en-dehors de l’univers oppressant de liberté que les deux adolescents ressentent le désir -le désir c’est parfois une fille qui essaie une robe derrière un paravent dans une petite boutique. L’interprétation des deux jeunes garçons trouve sa force dans l’impassibilité déchirante de leur visage et dans les silences lourds et éloquents qu’ils cultivent, eux, les sauvages.  La performance de Romain Depret, qui joue un des enfants alors qu’il a dix-sept ans, est peu convaincante et dénote des autres. Cela nuit grandement à son personnage et le rend moins intéressant que celui de son petit frère, davantage sur la réserve.

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Cédric Kahn filme la douleur muette et renfermée des enfants, avec plus de profondeur et de patience que ce qu’il avait fait avec le petit Sliman dans Une Vie meilleure. L’attention qu’il accorde aux enfants et la subtilité de leur mise en scène rappelle la bienveillance de Truffaut à l’égard des jeunes personnages de L’Argent de Poche.

Cédric Kahn signe un film « pur » , où la musique est remplacée par le chant du monde. Il n’agit en aucun cas d’un film militant, mais plutôt d’un film réalisé avec des yeux d’enfants.

Augustin Hubert

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