Vers l’autre rive – Kiyoshi Kurosawa

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Vers l’autre rive, présenté au Festival de Cannes 2015.

Dommage, j’avais vraiment envie de l’aimer votre film.

L’idée est géniale. C’est l’histoire d’une femme vivant morte dont le mari mort vivant revient. C’est l’histoire d’une femme sans vie qui va apprendre à réapprécier la vie grâce à son mari mort. C’est l’histoire d’un couple qui doit se retrouver pour mieux pouvoir vivre l’ultime séparation. C’est une histoire de fantômes mais comme on ne les a jamais vus. Et c’est l’histoire, par-dessus tout, de la force qu’a le cinéma à faire exister l’impossible : le pardon demandé par les morts aux vivants, la possibilité pour eux de faire sur Terre ce qu’ils ont à faire pour partir en paix, de se racheter, et la possibilité pour les vivants d’avoir toutes les réponses nécessaires pour que leur vie continue.

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Quand je lis une histoire pareille, je cours en salle pour voir ce que je désire voir, un peu moins vrai qu’en vrai, mais quand même le voir d’une certaine façon. Vivre par le cinéma ce qui nous est interdit. Comment ne pas aimer un film avec une pareille histoire ? C’est la question que je me pose en ressortant totalement dubitative de la salle, pas même émue par ce que je viens de voir. Il y avait pourtant de superbes trouvailles, des moments de grâce, et des thèmes abordés d’une façon fine et surprenante. Il y avait une grande simplicité dans la façon de dépeindre ces fantômes, de leur ôter tout caractère légendaire pour donner corps à nos fantômes à tous, ceux bien réels qui nous hantent et qui ont l’apparence de personnes réelles, humaines, connues. Le rapport au corps est intéressant dans ce film : ces fantômes, on peut les voir, ont tous les attributs humains, mangent boivent dorment, mais les toucher est plus difficile. Ils ne disparaissent pas par effets spéciaux mais simplement par le biais du montage, comme quand on détourne les yeux un instant et que l’instant d’après l’objet a disparu. Il y a une grande simplicité dans la façon dont ces êtres sont construits. Il y a des mots qui m’ont frappée (approximativement « tu n’imagines pas ce que j’ai traversé depuis trois ans », « alors, famille ou pas, il suffit d’un qui craque pour que les autres tombent »). Il y a ce que la maîtresse de Yusuke dit, qu’elle ne voit pas quoi espérer d’autre qu’une vie ordinaire ; et en fait, Yusuke qui nous montre le contraire, qu’on pourrait tous avoir la vie qu’on veut, vivre où l’on est bien, faire le métier qui nous attire le plus. Il y a les leçons données par Yusuke sur l’infiniment grand et l’infiniment petit qui donnent au propos du film un agrandissement, un élargissement, une transcendance, qui nous dit qu’on est tous rien mais que la vie est tout.

Mais peut-être une simplicité un peu trop prononcée? Un manque de sensibilité ? C’est une impression de ce type qui semble expliquer mon absence d’émotions, même si je peine à y trouver des mots. La froideur des personnages aussi, du mari un peu vide, de la femme un brin agaçante. L’impression qu’ils n’ont jamais été ensemble et n’ont jamais été séparés, ce qui est bienvenue par moments puisqu’en réalité il a toujours été là, dans sa tête, mais qui parfois freine une émotion qu’on aurait aimé avoir. Et, chose que je déteste, une musique qui vient nous dire quoi ressentir et à quel moment, qui donne au film des airs de mauvais téléfilm. Et bizarrement, quelques clichés, quelques répliques qui m’ont fait sourire (le premier matin, quand la femme telle une princesse Disney se réveille en s’étirant et en s’exclamant « oh, mais quel rêve étrange j’ai fais hier soir !!! »).
Reste que je garderai toujours de ce film l’image d’une idée géniale appauvrie par sa réalisation. C’est peut-être toujours moins bien finalement, les rêves, quand on les vit …

Azilys Tanneau

Vers l’autre rive : sortie le 30 septembre 2015 et toujours en salle

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