Velázquez au Grand Palais

Diego Velazquez, Autoportrait (1640-1650), huile sur toile, 45 X 38 cm, Museo de Bellas Artes, Valence © Museo de Bellas Artes, Valence

Du 25 Mars au 13 Juillet, le Grand Palais, en collaboration avec le Louvre et le musée de l’histoire de l’art de Vienne, propose une exposition-monographie consacrée au « peintre des peintres » (Manet) espagnol : Diego Rodríguez de Silva y Velázquez. C’est le parcours artistique total du peintre à l’origine des Ménines, en tant que représentant de la peinture espagnole du Siglo de Oro, qui est mis à l’honneur avec des choix d’exposition intéressants et bien construits.

Le parcours de l’exposition est classique : il est un « panorama » de la vie artistique de Velázquez. Sont évoqués d’abord son éducation dans l’atelier de son maitre Francisco Pacheco, où il s’implique par ses œuvres dans la théologie après les débats sur l’Immaculée Conception du concile de Trente, puis ses différents voyages en Italie, et l’évolution de son esthétique. L’exposition prend notamment position sur l’influence indirecte du caravagisme (la spécialité du commissaire d’exposition, Guillaume Kientz) sur la période « naturaliste » de Velázquez et des autres peintres espagnols de sa génération. Enfin, on suit bien sûr l’ascension de Diego Velázquez comme portraitiste et peintre de cour, et on se rappelle aussi son intérêt pour les sujets marginaux et populaires, intérêt qui donne de très belles toiles nommées bodegones.

Diego Velazquez, La Mulata (1617-1618), huile sue toile, 55,9 X 104,2 cm Chicago, The Art Institute, © The Art Institute, Chicago

Diego Velazquez, La Mulata (1617-1618), huile sue toile, 55,9 X 104,2 cm
Chicago, The Art Institute, © The Art Institute, Chicago

La subtilité de l’exposition réside sans doute dans la muséographie. Elle utilise les jeux de lumière (peut-être des caravagismes ?), les jeux de couleur, et l’architecture même des salles pour rendre cette monographie ludique, surprenante et très agréable. Une salle très claire, une salle obscure, une salle à la lumière naturelle, de couleur rouge ou de couleur verte, grande ou petite, tout est fait pour surprendre le spectateur. La présence de la Vénus au miroir, tableau de nu (très rare dans la peinture espagnole) prêté par la National Gallery de Londres, est sûrement un atout incroyable. Le tableau est isolé avec une salle pour lui tout seul et est très bien mis en valeur par la muséographie dans une salle circulaire et accompagné d’une sculpture antique.

Diego Velazquez, Vénus au miroir (vers 1647-1651) huile sue toile, 122,5 X 177 cm Londres, The National Gallery ©The National Gallery

Diego Velazquez, Vénus au miroir (vers 1647-1651)
huile sue toile, 122,5 X 177 cm
Londres, The National Gallery
©The National Gallery

L’exposition prend place dans la modernité et la nouveauté muséologique. Elle propose en effet une actualisation des débats esthétiques sur Velázquez, notamment sur l’attribution des œuvres entre les peintres de son atelier et lui-même. Elle présente aussi des œuvres retrouvées récemment. Enfin, elle utilise beaucoup de nouveaux moyens technologiques qui viennent modifier l’expérience de l’exposition: une application pour téléphone intelligent, des tablettes disponibles le long de l’exposition, des lunettes intelligentes que l’on peut emprunter, des flash-codes viennent suppléer les traditionnelles notices d’œuvres et audio-guides.

Enfin, n’espérez pas pouvoir contempler le tableau qui a fait la célébrité de Velázquez, les Ménines. C’est le musée du Prado de Madrid qui l’abrite et qui le garde précieusement. Comme l’explique le commissaire d’exposition Guillaume Kientz, la présence des Ménines aurait éclipsé tout le reste de l’exposition et la démarche aurait donc été contre-productive dans une optique de présentation du parcours total d’un artiste. De plus, « on ne déplace pas un monument. »

Diego Velazquez,Portrait de l'infant. Baltasar Carlos sur son poney(1634-1635)  huile sur toile, 211,5 X 177 cm  Madrid, Museo Nacional del Prado © Madrid, Museo Nacional del Prado

Diego Velazquez, Portrait de l’infant. Baltasar Carlos sur son poney (1634-1635)
huile sur toile, 211,5 X 177 cm
Madrid, Museo Nacional del Prado
© Madrid, Museo Nacional del Prado

On se console de cette absence par une reproduction proposée par Juan Bautista Martinez del Mazo, et par une analyse esthétique du tableau proposée entre deux salles par une animation sur un écran. L’absence des Ménines nous permet tout de même de saluer l’importance du travail et du dialogue entre musées réalisé lors de cette exposition. En effet, le Louvre ne possède AUCUN tableau de Velázquez, et seuls deux tableaux du peintre sont présents dans des musées français. Ainsi, l’immense majorité des œuvres que l’on peut contempler au Grand Palais proviennent d’autres musées comme le Prado (qui a prêté, comme à son habitude, sept œuvres), le musée de Londres, de Berlin, de Vienne. Cette collaboration (négociation ?) souligne l’aspect international de l’exposition et vient pallier le manque d’intérêt de la France, historiquement, pour la peinture espagnole, qui participe sûrement de l’idée encore présente (minoritairement, espérons) que la péninsule ibérique n’est pas d’un grand intérêt culturel.

On m’a encore dit récemment « L’Espagne, tu sais, à part Cervantès… ». Il est donc encore urgent d’aller voir cette exposition.

Vassili Sztil, du Pôle Culture de SPIV.

La page du Pôle Culture : https://www.facebook.com/culturespiv?fref=ts

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