Une vie entre deux océans – Derek Cianfrance

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Au sortir de la Première Guerre mondiale, Tom (Michael Fassbender), un ancien soldat, décide de devenir gardien de phare sur Janus, une petite île isolée, afin de laisser derrière lui les horreurs et les tourments de la guerre. Durant ses rares permissions, il rencontre Isabelle (Alicia Vikander), avec qui il va rapidement nouer une relation et se marier. Elle le suivra sur Janus avec le rêve de fonder une famille et de redonner le goût de la vie à celui qu’elle aime.

Une vie entre deux océans, c’est d’abord la rencontre entre deux êtres faits l’un pour l’autre. Dans la lignée des grands films d’amour The Notebook ou Sur la route de Madison, le troisième film de Derek Cianfrance est un mélo poignant porté par deux des meilleurs acteurs de leur génération : Alicia Vikander et Michael Fassbender. La jeune actrice suédoise illumine le film par ses larmes, ses sourires timides et sa propension à être à la fois épouse, mère et femme avec toutes les joies et les douleurs que cela implique. Fassbender, quant à lui, est convaincant dans un rôle de loup solitaire taiseux déchiré par ses convictions d’un côté et son amour de l’autre.

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Derek Cianfrance multiplie les plans d’amour et de nature et éveille nos sens avec délice. L’île de Janus, avec son phare et sa petite maison, à deux cents kilomètres de toute terre habitable, constitue un cadre d’une beauté épurée et âpre que sa caméra met magnifiquement en valeur. Dans Blue Valentine et The Place Beyond The Pines, ses deux films précédents, Cianfrance déployait déjà un style esthétique racé et pur que peu de réalisateurs peuvent se targuer de posséder. Son troisième long-métrage évolue vers une dimension plus contemplative, un peu à l’instar de ce que Terrence Malick a pu faire dans ses films plus récents comme À la merveille et The Tree of Life. C’est à la fois le point fort du film et son point faible, car l’intrigue est lente, voire presque inexistante à certains moments, et les dialogues s’effacent devant une succession d’images lyriques, presque mythologiques en référence au Dieu romain Janus dont l’île tire son nom.

Mais là où Malick s’enferme dans l’extase sensorielle et se contente d’une trame narrative souvent assez rudimentaire, Cianfrance préfère tisser délicatement les fils d’un scénario qui, sur le papier, n’a rien d’impressionnant – un couple adopte un enfant et se retrouve déchiré lorsque sa mère biologique vient le réclamer – mais qui, dans un cadre onirique et romantique, prend sa pleine mesure. L’auteur revient aux thèmes qui lui sont chers : la filiation et le déchirement amoureux inéluctable.

C’est dans la représentation de la douleur et du désespoir, quand l’être humain est confronté à ses propres failles et que les aléas de la vie menacent de prendre ce qu’il a de plus précieux, quand il est au bord de la rupture, que le réalisateur américain excelle le plus.

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Michael Fassbender a eu cette formule qui résume joliment le film « J’aimais beaucoup qu’il n’y ait pas des héros et des méchants, mais juste des personnes bonnes, qui font de mauvais choix ».

En épurant les dialogues et en remettant la beauté humaine autant que terrestre au premier plan, le réalisateur américain touche au plus profond de l’âme. Une œuvre esthétique pleine de sensibilité mais dure, et qui touche là où ça fait mal. 

Paul

Bande-annonce

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