Une nouvelle amie – François Ozon

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Une nouvelle amie de François Ozon
4 / 5 artichauts
Un voyage à travers le genre, parsemé d’émotions.

D’autres films d’Ozon traitaient de thèmes similaires sur le mode comique – Sitcom, Gouttes d’eau sur pierre brûlante… Néanmoins, c’est la carte de l’émotionnel qu’il a décidé de jouer ici. Malgré un départ un peu long, c’est finalement une véritable éducation sentimentale que l’on suit sur les traits fragiles de Claire  – Anais Demoustier.

Le film est particulièrement touchant, et le casting y est pour beaucoup. En effet, Raphaël Personnaz et Romain Duris semblent ici incarner chacun un type d’homme bien distinct. L’héroïne, dont la vie est rythmée par ces deux hommes, finit par ne plus savoir ce que c’est qu’être homme ou femme.

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Le film est en effet traversé par une réflexion sur les conventions. Claire est tout d’abord effrayée par la découverte du travestissement. Pour elle, ce n’est pas acceptable, et sa plus grande peur est de voir le secret de David révélé au grand jour. Pourtant, ce choc est aussi révélation, puisqu’elle entrevoit ainsi un monde de possibles. La frontière du tolérable acceptable peu à peu s’évapore, et si elle se renseigne tout d’abord de façon ingénue sur le travestissement, elle s’implique finalement dans cette aventure, en donnant naissance à une nouvelle amie ainsi qu’à une conception inédite de l’amitié. Désinhibée par la pratique de David, Claire découvre des pans de sa propre identité, dans un monde où fantasmes et réalité se mêlent aisément, comme souvent chez ce cinéaste.

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Dès la première scène, Ozon s’amuse de la force des déguisements et du maquillage. Les personnages n’ont de cesse de se métamorphoser, intérieurement comme physiquement. Si l’on est envoûté par cette plongée dans l’imaginaire, certains faits sont peut-être trop soulignés alors que c’est l’atmosphère intime et vaporeuse qui berce le film.

On ne peut s’empêcher de lire également un message politique dans ce film. Le milieu religieux de la famille de Laura, l’amie décédée qui fait le pont entre Claire et David justifie-t-il le refoulement caractéristique des personnages ? Avec le décor final, étincelant de lumière et de verdure, Ozon semble créer un univers utopique où l’amour est accepté quelle que soit sa forme.

Juliette Le Guillou

Bonus

Être femme selon Ozon par Chloé Triquet
Plus que le genre, ce film s’intéresse à la femme. Qu’est ce qu’être une femme ? A la fois aujourd’hui et de manière intemporelle. C’est cette question que David va devoir régler afin d’atteindre le bonheur. Il commence par se parer de superficialité, dans des tenues à l’extrême de la féminité, marquées par des talons hauts, exclusivement des robes ou des jupes aux couleurs et motifs criards et de longs cheveux blonds lâchés. Tout ceci représentant son fantasme, « faire tout ce qu’on lui interdit de faire en tant qu’homme ». Le contraste est alors fort entre « elle » et Claire, discrètement et subtilement féminine dans de nombreuses chemises, vestes, bottines et cheveux tirés. L’androgynie de ce vestiaire, non anodine de la part de François Ozon, nous montre qu’être féminine et être femme sont deux concepts différents. Au début, David est féminin mais n’est pas femme. Claire est femme sans être féminine. Elle se remet également en question au long de ce film, sa propre image bouleversée par les transformations de son ami(e), elle changera de style vestimentaire, confondant son identité de femme et l’image de la femme. Etre femme, c’est avant tout un état d’esprit, un ressenti, ce n’est pas l’image physique et palpable que l’on renvoi, par des artifices, c’est une manière de se voir et de s’apprécier. Au-delà de la facilité de la féminité, c’est bien cette quête de la femme dans laquelle David se lance. Les évolutions de ce personnage sont marquantes, passant de la caricature à la sincérité. Ce film éclaire sous un nouveau jour Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient »

Romain Duris au prisme de l’esthétique onirique de Ozon par Mathilde Dumazet
Romain Duris est sûrement l’un des nombreux acteurs « métamorphes » du cinéma français. Pas le premier ni le dernier à s’essayer au travestissement. Mais il faut dire que le genre a produit ces dernières années de beaux spécimens. Melvil Poupaud dans Laurence Anyways et ici Romain Duris, sublimé par l’esthétique soignée du réalisateur. Il a tout d’un homme et pourtant il s’immisce parfaitement dans le moule d’une femme. Il en a le corps, les postures (bien qu’il ait tendance à les exagérer au début du film pour les besoins de l’histoire), les tics et même la démarche. Toutes ces apparitions sont à la fois touchantes, burlesques et inattendues tellement on est peu habitué à voir ce visage paré de maquillage et de bijoux. Et tellement on est surpris de la réussite de la transformation grâce au jeu de l’acteur très travaillé.
Les décors, les costumes et accessoires ont été soigneusement choisis, avec raffinement. Ils semblent correspondre à l’idéal d’élégance de David (Romain Duris) lorsqu’il est femme et à celui de Claire, neutre. La pureté des plans, qu’ils soient scènes de fantasme ou « réalité », finit de nous perdre dans une réflexion onirique sur les enjeux du film. Est-ce un rêve ? Un idéal ? Ou un récit simplement troublant?

duris

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