Mouette savante

Avant toute chose, le lieu qu’a créé Hubert Colas, Montevideo, ainsi que son festival, Actoral, deux lieux emblématiques de la vie théâtrale marseillaise et française, piliers de la promotion des dramaturgies contemporaines, sont en danger. La société qui leur loue les murs a choisi de ne pas reconduire le bail afin de construire des logements. Signez la pétition: https://www.change.org/p/mont%C3%A9vid%C3%A9o-cr%C3%A9ations-contemporaines-atelier-de-fabrique-artistique-situation-alarmante-de-mont%C3%A9vid%C3%A9o-lieu-de-cr%C3%A9ation-%C3%A0-marseille

Aux Amandiers vole une mouette polymorphe depuis déjà quelques semaines. Nouvelle création d’Hubert Colas, fondateur du Théâtre Montevideo de Marseille et du Festival Actoral, figure incontournable du paysage théâtral français, qui participe activement à sa vitalité par son énergie et son inventivité depuis de nombreuses années ; cette Mouette peine pourtant à décoller et malgré une intelligence dramaturgique certaine, reste relativement hermétique pour le spectateur.

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Six auteurs se sont donc attelés à la réécriture de la fameuse Mouette de Tchekhov, d’Angelica Liddell à Edith Azam en passant par Liliane Giraudon. Introduite par un texte toujours aussi brûlant et provoquant de l’artiste espagnole, les personnages sont refondus par les auteurs et distribués dans une espèce de casting idéal où tous semblent coller parfaitement à l’identité qu’on veut leur donner. Chacun des textes tâche de faire de l’œuvre de Tchekhov un symptôme de notre époque, naviguant au fil des grands thèmes qui la traverse. Chaque fin donne lieu à une mort, trois suicides et un assassinat, qui semble lavée à l’acte suivant. On sent bien que chaque auteur a tenté à sa manière de faire sien les reliefs de Nina ou Treplev et de tirer de l’œuvre tout ce qu’elle peut aporter.

Reste qu’on sort de la grande salle des Amandiers sans vraiment avoir saisi ce qui vient de se passer. Hubert Colas fait de cette Mouette un labyrinthe intime et savant dans lequel on se perd sans plus vraiment savoir où se raccrocher. Difficile de profiter pleinement de cette exploration de l’intimité des personnages, de ces actualisations multiples dont les lignes sont déjà présentes en filigranes dans la Mouette de Tchekhov sans avoir relu cette dernière avant. Le problème des improvisations libres et des approfondissements savants comme celui que fait Hubert Colas, c’est que si intelligents et bien construits soient-ils, on prend le risque de laisser le spectateur sur le bord de la route.

Bertrand Brie

Crédits photo: Hervé Bellamy

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