Une mégère bien insoumise

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Au Théâtre de la Ville passait jusqu’à la semaine dernière une version féministe de La Mégère apprivoisée de Shakespeare. Si vous connaissez un peu le texte, vous serez aussi étonné que moi de lire une description où l’on vous promet une réflexion féministe à partir de ce texte pourtant reconnu comme largement misogyne. Un spectacle plein d’humour et d’horreur, qui ne parvient malheureusement pas tout à fait à convaincre.

Avis : 3,25 artichauts sur 5

Brigitte Enguerand

Brigitte Enguerand

Au tout début, après quelques images frappantes et un monologue de Bianca, le monologue de Gremio, l’homme de main de Petruccio, qui nous annonce un spectacle aux allures de feuilleton télé où l’on parle de mariages et de femmes. Baptista voit sa fille Bianca recevoir de nombreuses demandes en mariage, mais il refuse de les accepter tant que son aînée, Catherine, n’aura pas été mariée la première. Mais celle-ci est tellement insoumise qu’elle ne parvient pas à plaire, sauf à Petruccio, gentilhomme de Vérone. Il se met en tête de la conquérir, et lorsqu’enfin il réussit à convaincre le père de la marier avec lui, il est odieux au mariage, et devient méchant, brutal, la prive de nourriture, d’eau et de vêtements. Et il arrive à son but, Catherine devenant totalement docile, plus docile même que ne l’est sa sœur, la douce Bianca. Il arrive en quelque sorte, à l’épuiser à son propre jeu, et comment séduire par la parole.

Christian Berthelot

Christian Berthelot

Mélanie Leray choisit de mettre en scène ce spectacle sous forme d’une espèce de feuilleton télé dans un casino, avec en fond, un dispositif vidéo où sont diffusées des images frappantes, avec, le plus souvent, des plans resserrés des visages des femmes. Ces images permettent de mettre en valeur ce sexisme ambiant où transparaîtrait la réflexion féministe de Shakespeare. Et effectivement, il arrive régulièrement qu’elles soient très utiles, et soutiennent bien l’action sur scène. Mais le spectacle n’est pas toujours à la hauteur de ses ambitions, et cette idée de lire le texte à l’envers, si elle est intelligente, n’est pas assez bien menée. Il se passe trop de choses sur scène, et le spectateur reçoit trop d’informations à ingurgiter d’un coup. Le tout n’est pas monté avec assez de finesse, mais cela reste un bon moment de théâtre.

Bertrand Brie

Le spectacle passe aux Gémeaux de Sceaux à partir de ce soir jusqu’au 29, et à Saint-Quentin-en-Yvelines du 14 au 17 avril.

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