Un Retour à Berratham un peu froid

Après une première collaboration, Laurent Mauvignier et Angelin Preljocaj récidivent pour Retour à Berratham, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes cette fois-ci. Le pari est risqué, une fois de plus, et l’issue assez mitigée.

Avis : 3,25 sur 5

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Ce Retour à Berratham commence alors que la guerre est déjà finie. Le jeune homme part à la recherche de Katja et se penche en même temps sur les traces de son passé. Il ne retrouve plus rien, a perdu ses repères, et est plongé presque à son corps défendant dans les méandres de la mémoire meurtrie, aussi bien personnelle que collective. Impossible de résumer plus précisément, et c’est justement ce qui pose problème dans cette nouvelle création du ballet Preljocaj.

Si Laurent Mauvignier livre un texte, qui, s’il n’est pas révolutionnaire, est au moins digne d’intérêt, il est difficile d’apprécier ce Retour à Berratham à sa juste valeur tant les comédiens et les danseurs pèchent par l’effacement de leur présence scénique. Seul Laurent Cazanave s’affirme un peu plus vis-à-vis des deux autres, qui manquent d’un caractère véritablement explosif pourtant nécessaire pour bien faire entendre un texte si dense à seulement trois comédiens. C’est également le problème des parties du texte récitées par des danseurs, manquant d’une véritable incarnation qui aurait permis de faire entendre le texte. Ici le spectateur reste passif et se laisse voguer au fil des mots. Dommage, d’autant plus que ce texte, tout mal incarné qu’il soit, phagocyte les séquences dansées qui laissent pourtant entrevoir de belles fulgurances.

Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

On retrouve malgré tout un travail intéressant sur la danse. Les chorégraphies de Preljocaj manque d’une certaine bestialité, mais laisse voir de belles images, et embarque le spectateur. On pense notamment au solo de la jeune danseuse censée représenter Katja, qui, alors même qu’elle est nue, danse avec une force et une violence rares. L’un des plus beaux moments du spectacle sans doute, même si les scènes dansées sont, dans l’ensemble, réussies. On ressort donc mitigé de ce Retour à Berratham, qui, s’il laisse voir de belles fulgurances, manque d’âme et aurait gagné à travailler sur l’incarnation du texte.

Bertrand Brie

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