Un Platonov furieux

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Les Possédés reviennent avec à leur tête Rodolphe Dana, et une invitée de marque : Emmanuelle Devos. Jusqu’au 11 février, le collectif fiévreux occupe la Colline avec son Platonov , qui connaît quelques grosses baisses de régime.

Note : 3 sur 5 artichauts

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Difficile de discerner un fil rouge dans cette œuvre monumentale écrite par Tchekhov alors qu’il n’avait que vingt ans, mais l’on retrouve la marque de Tchekhov : l’ennui. Dans Platonov il s’agit de lutter contre l’ennui. Alors que Platonov arrive pour dîner chez Anna Petrovna, il affirme être resté à s’ennuyer tout l’hiver avec sa femme. Pour casser sa routine, tromper l’ennui, il courtise alors plusieurs femmes à la fois, dont Anna Petrovna, dite la générale, la belle-fille de la générale, Sophia… alors qu’il se perd dans ses conquêtes, qu’il se lance à corps perdu dans chacune d’entre elles, il perd le fil de l’existence, et ses repères. Platonov disparaît pendant deux semaines, et alors qu’il allait s’enfuir avec Sophia, il se fait rattraper par la générale, et tout cet inextricable entrelacs d’histoires d’amour finit par la mort de Platonov, qui s’effondre, abattu par Sophia.

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Les Possédés font éclater l’humour d’un Platonov enlevé. La scénographie, parfaitement construite comme une sorte de vide-grenier mal rangé où sont entreposés les personnages, arrive à représenter la fougue du jeune auteur. Certaines situations parfois très drôles présentent parfaitement la lutte contre l’ennui des personnages de Tchekhov, qui, tous, tentent de le tromper en détruisant, raillant, batifolant, et en espérant en l’amour.  Toutes ces amours mêlées mènent à la perte de Platonov, mais si perte il y a, il faut qu’elle soit flamboyante. C’est ce combat effréné contre l’ennui qui mène Platonov à l’alcool et à la mort, Sophia au meurtre, Ossip à la violence. Tout est bon pour arriver à une incommensurable vitalité, qui peut mal finir, mais peu importe. La perte, la chute n’est rien tant qu’elle est grandiose, et c’est là toute la force de Platonov. Une œuvre de jeunesse qui éclate dans tous les sens, mais une œuvre forte et enjouée. Les Possédés ont l’envie et la fougue, mais le spectacle n’est pas à la hauteur de l’ambition, et l’on s’ennuie parfois. Les membres du collectif sont généralement justes, mais Emmanuelle Devos joue une Générale bien terne qui peine à convaincre.

Bertrand Brie

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