Un illustre inconnu – Matthieu Delaporte

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Un illustre inconnu de Matthieu Delaporte
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« Sébastien Nicolas a toujours rêvé d’être quelqu’un d’autre. Mais il n’a jamais eu d’imagination. Alors il copie. Il observe, suit puis imite les gens qu’il rencontre. Il traverse leurs vies. Mais certains voyages sont sans retour. »

L’introduction magistrale du nouveau film de Matthieu Delaporte nous propose une énigme : pourquoi Sébastien Nicolas est-il condamné à mettre fin à ses jours ? C’est la question à laquelle le spectateur va tâcher de trouver une réponse pendant un peu moins de deux heures.
Bien que cette entrée en matière soit à couper le souffle, ce n’est pas pour son scénario qu’il faut se souvenir d’un Illustre Inconnu. L’histoire qu’on nous raconte est surréaliste, bourrée d’incohérences et de pirouettes scénaristiques faciles qui tentent de surprendre le spectateur sans y parvenir. La galerie de personnages que l’on nous dépeint est stérile et stéréotypée : l’assistante fatiguée, le génie incompris, l’enfant en mal de reconnaissance, le patron beauf et le flic bourru se succèdent à l’écran sans  nous émouvoir. La longueur du film, 1h58, l’empêche d’être efficace, et je n’ai pas été la seule dans la salle à regarder ma montre pendant la dernière demi-heure, vaguement atterrée par la conclusion sans queue ni tête que nous propose le cinéaste. Pourtant, on avait vu le final parfait, reprenant sa très belle introduction, très bien filmé, jouissif parce qu’il répondait à la question qu’on se posait depuis le début, rendant cette dernière demi-heure superflue. Il semble que Matthieu Delaporte ne voulait laisser aucune question en suspend, au risque de porter préjudice au reste de son travail.

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Si le fond est un peu décevant, c’est sa beauté qui empêche au film d’être une catastrophe. La mise en scène d’un Illustre Inconnu est intelligente, chaque plan est minutieusement réfléchi. Si les dialogues ne donnent aucune profondeur aux personnages, le regard que leur porte le cinéaste nous éclaire sur ce qu’ils sont. On retient par exemple ces plans superbes où Mathieu Kassovitz, de dos, se détache de son environnement judicieusement flouté, comme pour rendre compte de la solitude de son personnage de quarantenaire misérable. Matthieu Delaporte joue avec sa caméra, qui accumule les plans larges, avec la lumière, souvent terne, parfois chaude, et avec les décors qui sont soignés dans les moindres détails. La beauté obsédante de ce film rend compte de l’obsession maladive de Sébastien Nicolas, comme si nous étions entrés dans son esprit. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on ressent parfois un tel malaise devant le film ? La musique de Jérôme Rebotier exprime parfaitement cette angoisse, avec une subtilité qui arriverait presque à rendre les personnages intéressants.

Un Illustre Inconnu n’est pas un succès, non, mais ce n’est pas un film comme les autres non plus. Il fait partie de ces œuvres qui nous rappellent que le cinéma, c’est aussi la mise en scène, et qu’à défaut de dire, on peut montrer.

Cécile Lavier

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