Un huis clos, des femmes et un hammam

Rayhana Obermeyer est à la fois comédienne, dramaturge et metteuse en scène. En 2000, elle quitte son Algérie natale gouvernée par le Front Islamique du Salut pour s’exiler en France. Après avoir écrit A mon âge, je me cache encore pour fumer (sa première pièce en français), elle la porte du théâtre à l’écran.

Son film, qui prend presque la forme d’un huis clos, est principalement tourné entre les murs d’un hammam. Alors que Fatima, la gérante du lieu, termine les dernières préparations avant l’ouverture, son amie Myriam déboule en sanglots, le visage couvert de blessures. Son frère, qui vient de découvrir qu’elle est enceinte, veut la tuer. Fatima va cacher son amie sous les toits, quel que soit le risque à prendre.

Une foule de femmes entre alors dans le hammam et c’est un monde à part qui s’ouvre. Dans ce nid baigné par la vapeur d’eau, elles retrouvent leur liberté et leur identité. Cachées dans ce cocon, elles peuvent fumer, rire, chanter, parler d’amour et de violence. Entre fascination, dégoût et mystification de leur propre corps, elles évoquent leur féminité plus que compliquée. Elles racontent leurs premières fois, les violences qu’elles ont subies et les plaisirs auxquels elles ont goûtés.

© uniFrance Films
© uniFrance Films

Enfin libres de dire ce qu’elles pensent, elles débattent sur des questions houleuses. Mais la divergence des avis est telle qu’un orage vient à éclater. L’une prône l’intégrisme et cite le Coran, l’autre célèbre son divorce et maudit les femmes voilées. Derrière ces discours discordants, toutes semblent souffrir profondément de leur situation et du climat ambiant. Elles ont perdu des proches, parfois en martyrs et craignent les sacrifices humains à venir.

En attendant, un bébé va bientôt naître juste au-dessus d’elles, à l’étage du hammam. Lesquelles d’entre elles seront volontaires pour protéger cet enfant illégitime ?

Le film de Rayhana est une perle comme l’on en voit rarement. Il effleure des problématiques incroyablement actuelles telles que la religion et ses dérives extrémistes, ainsi que la situation des femmes en Algérie. Surtout, la réalisatrice parvient à nous tenir en haleine jusqu’au bout de l’intrigue avec un scénario incroyablement bien ficelé et des scènes brutes et poétiques. On en sort nécessairement chamboulés, avec des questions plein la tête.

Gaelle

A mon âge, je me cache encore pour fumer
Rayhana Obermeyer
Bande annonce : ici

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