Un Homme Idéal sans subtilité

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Un homme idéal de Yann Gozlan
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Un homme idéal sans subtilité

Je vais être honnête, je suis allée voir ce film pour Pierre Niney. Il a tout l’air d’un garçon sympathique, son Fadinard à la Comédie-Française était superbe et on ne peut pas dire que son César soit volé. Un homme idéal, soit. Sur ce point là, on est d’accord. Malheureusement, on ne peut pas dire que le jeune acteur ait grand chose à se mettre sous la dent.

Mathieu (Pierre Niney) est un écrivain raté. Il essaye, échoue, persévère mais rien n’y fait, personne ne veut de ses manuscrits. Il tombe un jour sur un journal de guerre écrit par un homme qui vient de mourir, sans famille. Désireux avant toute chose de percer dans le milieu, il recopie le manuscrit. Bingo, c’est un carton. Un Prix Renaudot plus tard, Mathieu n’arrive pas à écrire. D’autant plus qu’un homme qui a découvert le pot aux roses menace de tout révéler à sa copine, Alice (et non Julie) (jouée par Ana Girardot), et à sa riche famille. Alors qu’il était déjà bien empêtré dans un cercle vicieux de mensonges, il se fait criminel pour couvrir à tout prix son plagiat, allant jusqu’à tuer.

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Il est quand même difficile d’éprouver de la compassion pour Mathieu, tant celui-ci, chaque fois qu’il se retrouve à la croisée des chemins, fait le choix stupide. On en vient à se dire que c’est bien fait pour lui. Ce n’est pourtant pas si difficile de dire à sa copine qu’on a le syndrome de la page blanche (il paraît que ça arrive souvent pour un deuxième roman), ou de pondre ne serait-ce que 20 pages sur tel ou tel sujet pour faire plaisir à son éditeur. Mais Mathieu ne veut pas décevoir, il ne peut pas décevoir, trop habitué à sa nouvelle vie.

Mais là où le bât blesse vraiment, c’est dans l’accumulation de clichés, scénaristiques ou visuels. On pourrait presque s’amuser à les lister : l’ouverture sur un plan de la route, le regard de la scène finale, les plans sur l’oiseau mort, le jeu de Mathieu avec la pièce de monnaie d’un air machiavélique, mais surtout le close-up sur le père d’Alice tout tourmenté et le plan sur les pages du manuscrit original que Mathieu brule dans sa salle de bain, avec en prime le reflet des flammes sur son visage. Tout ceci n’est pas aidé par une musique peu inspirée. Cet homme idéal manque grandement de subtilité. A tel point qu’on en vient à rire. Il y a deux sortes de rire : le rire nerveux qui accompagne chaque nouveau mensonge de Mathieu ou déclaration ironique des ignorants de l’arnaque, et le rire – plus gênant – qui accompagne les plans les plus maladroits et grossiers – ridicules ou presque. Yann Gozlan, le réalisateur, ne s’est-il pas rendu compte, à un moment, qu’il en faisait trop ?

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Y a-t-il du bon dans ce film ? Mais certainement. Les paysages sont jolis. Vous ressortirez avec des envies de weekend en région PACA et de bronzettes au bord de l’eau. Les amateurs/trices apprécieront aussi les plans sur Pierre Niney torse nu (au moins 5 minutes compilées, avec supplément « sortie de piscine tout trempé »). Enfin, pour être tout à fait honnête, il faut avouer qu’on ne s’ennuie pas. Il y a un certain rythme, des ellipses temporelles bien placées et qui évitent qu’on tourne en rond trop longtemps. Yann Gozlan parvient à maintenir la tension, à nous garder éveillé jusqu’à la résolution finale. C’est déjà ça. C’est au moins ça.

Charlotte Merveille

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