Un Faiseur entre Brecht et Feydeau

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Après sa création pour la saison 2013-2014, Le Faiseur d’Emmanuel Demarcy-Mota reprend pour trois semaines cette année. Une étonnante partition exécutée par la troupe du Théâtre de la Ville sur la scène des Abbesses.

Avis : 3

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Le Faiseur est une pièce de Balzac assez mal connue. Elle raconte l’histoire de Mercadet, boursicoteur hasardeux vivant sur ses dettes, qui commence à péricliter sous le poids des rappels de ses créanciers et de son propriétaire. En parallèle, il cherche à marier sa fille, fort laide par ailleurs, à un riche bourgeois. Seulement, ce riche bourgeois est en fait un autre spéculateur se faisant passer pour fortuné. L’autre prétendant de sa fille, pauvre garçon qui voulait d’abord la marier en pensant à sa dot, est trop pauvre pour qu’il s’en embarrasse. Le spectateur assiste donc aux périlleuses acrobaties de Mercadet pour éviter la banqueroute, allant jusqu’aux solutions les plus immorales.

La première chose qui frappe lorsque la scène est découverte est la scénographie tout à fait originale. Trois panneaux de bois amovibles sont disposés sur le plateau, et s’articulent en trois parties, s’inclinant ou se mettant à plat à loisir, et illustrant intelligemment cette incertitude rampante qui plane sur la spéculation. Lorsque ces panneaux sont inclinés vers l’arrière de la scène, les panneaux avant, face au public, laissent voir des portes qui servent aux entrées et sorties embrumées des personnages.

LE FAISEUR -

On retrouve une esthétique intéressante, et qui ressemble approximativement à ce que l’on pouvait déjà voir dans les Six personnages en quête d’auteur – on y retrouve en tout cas certains éléments. Elle est relativement homogène, mais peut verser à un certain mysticisme, puis être immédiatement cassée par un paysage clinquant qui prend la relève. Le parti pris est tout à fait original : faire de ce Balzac un mélange entre le vaudeville et la théorie brechtienne. On retrouve du vaudeville, les personnages complètement exagérés – et pas forcément bien – les portes qui claquent, et ces situations qui semblent tout à fait inextricables, tandis que Demarcy-Mota va chercher chez Brecht une certaine distanciation par l’adresse au public et l’usage de la chanson. On passe des Pink Floyd à Abba, chantés par le chœur des acteurs.

Cette partition, parfaitement réglée, est interprétée par la troupe du Théâtre de la Ville, où l’on retrouve certains visages bien connus, comme celui de Valérie Dashwood ou Serge Meggiani, qui livre un Mercadet tout à fait bien interprété. Valérie Dashwood en revanche nous sert une Mercadet avinée parfois trop excessive, et le jeu des acteurs en règle générale est très hétérogène. Le mélange entre vaudeville est Brecht est étonnant, et pas forcément toujours pertinent. Le parti pris est intéressant, et l’on peut tout à fait y adhérer selon sa sensibilité, et la scénographie est très bien imaginée, l’esthétique souvent agréable; on voit toujours le style de Demarcy-Mota, on n’y retrouve pas cela dit cette patte qui avec fait des Six personnages en quête d’auteur un si beau spectacle.

Bertrand Brie

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