Un cinéma sous antidépresseurs ?

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Depuis quelques mois, quelques années dirais-je, l’on assiste sur les écrans à la projection de films extrêmement critiques, voir même désabusés, vis-à-vis de notre société contemporaine et capitaliste. , In the air, plus récemment The Lobster, Anomalisa, Au-delà des montagnes… Qu’ils soient américains, européens ou asiatiques, le constat est le même : nous vivons dans une conformité robotisante et amorphe, qui endormit et aseptise nos espoirs de jeunesse et d’êtres humains.

Chacun des films s’attache à une dimension particulière du quotidien, de la vie en entreprise à la recherche amoureuse en passant par le loisir.

Les hommes et les femmes de The Lobster, en quête désespérée d’une âme soeur, sont enfermés dans un hôtel où ils doivent trouver un partenaire en 45 jours, faute de quoi ils sont transformés en un animal (de leur choix).

Alors, il faut trouver, à tout prix. 
Le critère d’union ? Le point commun. Il est l’arme absolue pour « se mettre en couple » et évidement « fonder une famille ». Pour atteindre ce graal, chacun est prêt à tuer, à s’arracher un oeil pour partager cette merveilleuse expérience. L’on ne veut pas l’autre dans sa complexité la plus complète et la plus riche. L’on veut soi… en différent. Ou bien, on renonce à soi pour être l’autre.

C’est vrai, qu’est-ce que la différence est effrayante ! Alors il vaut bien mieux patauger en homard dans l’eau plutôt qu’affronter une solitude présentée comme terrifiante.

Quant à Au-delà des montagnes, il semble dire à travers le personnage de la jeune Tao qu’il vaut mieux se retrouver avec un parfait abruti mais riche plutôt qu’affronter l’inconfort matériel qu’on nous présente comme lamentable.

Serions-nous tous des lâches en acte ? Bien trop effrayés par la résistance à ce monstre qu’est la société, nous nous laissons dévorer avec plaisir. 
Si la métaphore sadomasochiste ne vous plaît pas, elle est partagée par de nombreux cinéastes.

Sans doute les plus violents, Charlie Kaufman et Duke Johnson dans Anomalisa exposent cette conformité et cette médiocrité de l’existence humaine enchaînée aux obligations familiales et professionnelles.

http://cinema.jeuxactu.com/film-anomalisa-film-2016-48511.htm

http://cinema.jeuxactu.com/film-anomalisa-film-2016-48511.htm

Un personnage qui fuit sa chambre d’hôtel en quête d’un amour d’une nuit, d’un verre, de nouveauté, avec autre chose, autre part. Appeler une ancienne histoire vielle de dix ans ? Allons- y ! « J’ai beaucoup grossi depuis le temps, chéri… Mais pas du tout, tu es très belle ».

C’est vrai qu’elle s’est laissée aller, et puis mince, qu’est-ce que ça change ? Même voix, mêmes envies, mêmes espoirs déçus, mêmes existences qu’on soit homme ou femme. Alors oui, la question est posée : elle ou une autre, qu’est-ce que ça change ?

Mais où sont passés le plaisir, la créativité, l’identité ?

Il faut être clair, ces films ne sont pas d’un optimisme lumineux. N’empêche. 
Sortir de la salle en se disant qu’on ira voir quelque chose de plus joyeux la prochaine fois est sans doute l’attitude la plus lâche d’un spectateur. Elle n’est pas digne de lui.

Si l’on pouvait, de manière peut-être idéaliste, considérer ce spectateur comme un relai, un intermédiaire entre cet écran et la masse barbare du monde, afin que le message passe, qu’il travaille les consciences et nous fasse renoncer à notre bon opium.

La réalité qu’on nous offre est désagréable à digérer, mais elle n’est pas le résultat de quelques réalisateurs et scénaristes prompts au suicide.

Ces films reflètent un flottement ambiant, une certaine lassitude qu’il convient de questionner. Le message doit réussir à s’extraire de l’écran et empreindre nos vies pour de bon.

Ne serait-ce pas plutôt ce que filme le cinéma qui est déprimant ?

Léna Pican

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