Un Amour impossible

2016-17 CDN Besançon Répétitions Théâtre Besançon
"un Amour Impossible"
 de et adapté par Christine Angot
 mise en scène Célie Pauthe
Avec
Maria de Medeiros
Bulle Ogier
Scénographie Guillaume Delaveau
Lumières Sébastien Michaud
Création sonore Aline Loustalot
Vidéo François Weber
Costumes Anaîs Romand
Collaboration artistique Denis Loubaton
Assistanat à la mise en scène Marie Fortuit

Aux Ateliers Berthier se joue la nouvelle création de Célie Pauthe, qui a entamé depuis peu un mois de représentations. Un Amour impossible, directement adapté du roman de Christine Angot, amène au plateau l’autofiction de l’auteure incarnée par Bulle Ogier et Maria de Medeiros. Au cœur de ce drame social, l’inceste qui s’infiltre dans la vie de Christine et sa mère après qu’elle ait fait la rencontre de son père. Une écriture sans concession mais qui n’émeut ni ne convainc vraiment.

La jeune Christine est élevée par sa mère, célibataire, quittée par son père quelques années plus tôt. Ce dernier, reparti à Strasbourg, est un homme intelligent, cultivé et bien né qui ne rencontre sa fille qu’au début de son adolescence. C’est là qu’intervient le drame de l’inceste ; ce père idéal montre le visage monstrueux du violeur incestueux, sans que personne ne semble le remarquer. Alors s’installe une chape de plomb qui pèsera sur Christine encore longtemps, une sorte de non-dit entre elle et le reste du monde, et surtout sa mère.

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L’écriture de Christine Angot est incise, tranchante, et se suit sans mal, mais ne ravit pas par ses qualités littéraires. Si elle semble adaptée à un tel sujet, elle peine tout de même à convaincre, par sa banalité mais surtout parce que l’on peine à ressentir ce non-dit qui est pourtant censé peser tout au long du récit. L’inceste, douloureux, violent, dramatique, apparaît subverti par une analyse sociologique qui n’en est pas vraiment une et surtout, qui interroge : cette ton accusateur vis-à-vis de la mère à certains moments, cette manière de rejeter le viol sur le monde social, n’est-ce pas une manière de refuser la rupture intime que celui-ci met en jeu ? Christine Angot fait de son histoire, une histoire de société dans un long monologue amené tout à coup, et perd en finesse dans la narration, mais surtout semble écarter la question du viol comme question profondément intime et individuelle, comme sauvagerie sans être forcément pure stratégie sociale. Ce que cela sous-tend est à la fois troublant et dérangeant, mais Un Amour impossible a au moins le mérite d’y faire réfléchir. On retrouve tout de même Bulle Ogier avec un certain plaisir, dans une mise en scène froide et adaptée quoiqu’un peu illustrative. Un Amour impossible, en somme, interroge sans marquer par sa justesse ou sa force, tant concernant la mise en scène, que le jeu ou l’écriture de Christine Angot.

Bertrand Brie

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